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19 avril 2013 5 19 /04 /avril /2013 05:39

             “Et puis je répète toujours les mêmes choses…” Giacometti

 

    Il y avait autrefois, il y a très longtemps, ce qu’on appelait la télévision scolaire. Tout y était rudimentaire mais c’était l’époque où le peu de moyens s’adossait à une certaine idée de la diffusion et de la transmission. Les moyens avaient une fin, naïve évidemment, mais ne l’obturaient pas. Bien que différentes de projet et de nature, les deux vidéographies rassemblées ici appartiennent à ce moment inimaginable aujourd’hui.


    Le première intitulée QU'EST-CE QU'UNE TÊTE ? (qui abuse du travelling finissant en gros plan) offre des extraits d’entretiens du sculpteur empruntés à d’autres films, des témoignages de ses amis (J. Dupin y tient une large place;on retrouve Sabine Weiss, Roger Montandon, Balthus, J. Leymarie qui parle du Tintoret, de Cimabue, des Sumériens pour Giacometti, l'un de ses photographes (Scheidegger)), quelques minutes d'une grande fraternité et subtile intelligence d'Ernest Pignon-Ernest et des prises de vue de ses grandes œuvres dans les musées ou fondations qui les accueillent (Beaubourg, Maeght, Beyeler etc.). La seconde, en noir et blanc, est une émission de la lointaine série LES HEURES CHAUDES DE MONTPARNASSE (la neuvième) dans laquelle J.M. Drot racontait et rencontrait Giacometti.

 

   Avec tous les défauts du monde qu’on peut leur trouver (des bavardages datés, un Starobinski dérangé pour trop peu, des réflexions oiseuses sur la fuite du temps, des musiques qu’on croyait nécessaires alors (fussent-elles de Dutilleux!) pour faire taire le silence qu’impose une sculpture de Giacometti), elles demeurent irremplaçables pour qui n’a pas connu cette époque et n’a jamais vu Giacometti vivant.
   On découvre son décor (premier et ultime) à Stampa, sa chambre d’hôpital à Choir, son atelier parisien (et le passage qui y menait: merci pour ce travelling facile mais si touchant), sa chambre exiguë, ses repères au sol dans l'atelier de son père; son accent délicieux, sa voix rocailleuse ("intense, âpre" dit Dupin), légèrement blésante, ses “non”?, ses “n’est-ce pas?”(Starobinski en tire une fine remarque), son air matois au milieu des paradoxes qui s’enchaînent, son regard très rarement tourné vers le haut, souvent latéral, presque toujours ironique quand il n'est pas concentré sur l'écoute;ses anecdotes rôdées depuis des décennies (ses problèmes avec certains surréalistes, l'épisode du crâne, le mort (van M) qui lui fit découvrir physiquement la mort, sa hantise de la nuit, l'événement au sortir du cinéma), ses contradictions, ses interrogations sans cesse relancées, ses réflexions sur sa manie, ses grands leitmotiv (sa façon de voir le sujet, unique souci de tous ses “essais” comme il disait), son insatisfaction fondamentale parfaitement expliquée avec l’opposition du spectateur qui croit contempler une œuvre achevée et la conviction du créateur pour qui tout serait toujours à reprendre. Irremplaçables surtout les passages consacrés à Giacometti parlant et sculptant avec des mains travaillant seules, à l’aveugle ou en voyantes, obéissant à la matière et dialoguant avec le cerveau sculpteur (et inversement).


  Pareils documentaires ne répondent pas à toutes les questions mais servent à en inspirer d’autres. Les images vivantes de l'atelier et du bras opérant de Giacometti ont-elles un effet sur notre regard? Qu’est-ce que voir, comment montrer (les hommes, les femmes, leurs oppositions évidentes) dans quels lieux? Dans quel cadre? Selon quel espace entre les statues (l’exposition de Zurich  visible dans le film de Drot serait-elle encore acceptée de nos jours), avec quel éclairage? Quelles ombres? Qu’est-ce que contempler un Giacometti? (1)


 

   Giacometti ou l'inlassable questionnement.


    

 

Rossini, le 20 avril 2013

 

 

NOTE

 

(1) Nul doute que c'est chez David Sylvester que ces questions sont le mieux abordées.

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Published by calmeblog - dans art vidéo
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