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16 juin 2011 4 16 /06 /juin /2011 09:44






    «Les adultes ne comprenaient rien à ce qui se passait dans la tête des enfants renchérit Max», Max le Hongrois bien sûr, un des personnages qui traversent la vie de Käztchen, le petit héros de ce merveilleux roman au tissage savant.

    Après les plus grands écrivains, Y. Hoffmann relève ce défi séculaire: comment épouser le regard, les sensations,  la conscience d’un très jeune enfant? Comment écrire à hauteur d’enfant, sans mièvrerie, sans artifice, sans affectation?

   
    Comment parler de Kätzchen, orphelin de mère et très vite éloigné de son père (krank, dit-on poliment), ballotté entre tante Oppenheim et oncle Arthur, sans oublier Max le Hongrois ou encore Abigaïl?

     Comment? Avec la plus profonde légèreté. Avec un conte écrit en suivant le troisième œil.

     En évoquant dans des décors à peine esquissés (il n’est question que de fauteuils, d’escaliers, de cadre de fenêtres, parfois de miroir et,plus tragiquement, de vitre), le plaisir d’un parfum, d’une musique ou d’une position dans l’espace (une sorte de perchoir), de l’étrangeté de certains objets (la canne aux oiseaux d’oncle Arthur qui donne l’envol à maints autres oiseaux), en rapportant une rêverie, une supposition, l’esquisse de comparaisons et d’antithèses, en énonçant en phrases sèches des intuitions, des inductions imparables (comment oublier celle de la marche et du cœur (p.34)?), une spéculation sur l’ombre des hommes (p.36) ou sur Gott (p.50), des hypothèses fantaisistes (la scène primitive réécrite peu à peu par l’enfant est inoubliable),d’autres vite abandonnées, en citant des chansons (hawa), des phrases de tel ou tel qui attirent des prolongements immédiats (qu’on pense au cri du marchand de journaux, à l’œil du cyclope qui oriente le livre ou au simple énoncé du nom de Chypre ou encore «au mort d’hier et de demain»(p.41)), des mots humbles en hébreu, en allemand, en arabe qui sont lumineux, des interrogations qui perdraient à n’être que théologiques (l’absence de dieu) ou philosophiques (Kätzen est-il immobile ?(p.54);tout est-il nécessaire?).

    Vous tenez entre vos mains de lecteur un livre minuscule, bordé de blancs dont le récit mène vers de la neige et une montagne barrée par de blancs nuages. Ces blancs rythment la lecture. Chaque paragraphe est une étape dans un temps et un espace que le père de Kätzchen a bien défini : «(...)le temps n’est pas rectiligne. L’espace n’est pas plan». Quelques encoches du temps dans une vie qui commençait à peine.

 

    Kätchen et ses proches ont souvent le nez en l’air. Le lecteur aussi. Chaque paragraphe l’arrête. Ce livre nous retient, nous sollicite sans en avoir l’air mais avec une force sidérante.

    Un enfant avance en tenant quelques mains amies. Ce qui nous est restitué, suggéré est infime et fondamental. Nous croyons sourire, comprendre, situer. Nous arrivons en sa compagnie au kibboutz auquel il va vite préférer une vache. Nous vivons avec lui le test de Rorschach. Nous suivons avec lui son père. Mais nos explications toutes faites sont suspendues. Le frôlé du sens demeure et retarde voire écarte à jamais une compréhension intellectuelle.


   On doute toujours de la phénoménologie. Toujours trop abstraite, quels que soient ses domaines. Nous tenons ici une phénoménologie des silences, des  accidents du sens, de l’entrée dans le monde sans que meurent les bribes du  monde premier où les limites du rêve et du défini ne sont pas encore posées.

    Un livre unique, un texte ajouré comme une dentelle de Margerete, un chef-d’œuvre  qui rend heureusement songeur.

 

 

 

 

 

________________________________________________________

 

Si vous souhaitez connaître un peu mieux l'auteur allez voir cet article du MONDE

http://www.lemonde.fr/livres/article/2011/05/26/les-contes-zen-d-hoffmann_1527509_3260.html

 

J.-M. R.

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Published by calmeblog - dans inclassable
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13 juin 2011 1 13 /06 /juin /2011 13:26

JOHN UPDIKE-LES LARMES DE MON PÈRE (SEUIL-2011), traduction MICHELE HECHTER.



     Sur la quatrième de couverture, le Seuil nous précise qu’il s’agit du dernier recueil de nouvelles rédigé par l’auteur du CENTAURE, entre 2000 et 2009, année de sa mort.

    Pour être franc, dans cette œuvre où il est beaucoup question de vieillesse (on a même une allusion au TEMPS RETROUVÉ de Proust) et de rites de vieillesse (lisez les accablantes étapes du coucher dans LE VERRE PLEIN (p.276)), de coups de mémoire et d’oublis, de vieilles photos, de voyages platement touristiques (Inde, Espagne, Paris), où bien des confidences autobiographiques affleurent en évoquant la ville d’Alton et ses environs, où la grande Dépression n’est jamais loin, tout n’est pas réussi, loin s’en faut (n’évoquons comme échecs que VARIÉTÉ DES EXPÉRIENCES RELIGIEUSES ou MAROC). Pourtant quelques textes ont le mérite de rappeler le talent d’Updike et son apport original à l’art de la nouvelle. À commencer par ses innovations dans la construction: qui a lu ses romans, COUPLES par exemple, sait que dans ce domaine il est un maître.



   

      Nulle surprise quant à ce qui le caractérisa toujours. Son souci de donner rapidement des aperçus sociologiques est bien au rendez-vous : les signes, les codes d’appartenance à une ville (ainsi le New Yorkais de l’Upper East Side (dans L’APPARITION)), à une obédience religieuse (unitarien, épiscopalien etc. ), à une région, à une génération, à une classe, à une civilisation (MAROC, avec ce repli détestable du touriste sur les préjugés), tout y est. Avec tout ce qui fait groupe et par contrecoup ce qui crée des rejets. La soudure entre les êtres, l’espace rempli ou vidé sont une hantise chez lui. Un nouvelle propose aussi le sentiment d’exil éprouvé par un homme qui revient dans sa ville après bien des années et ne la reconnaît plus (REVENIR CHEZ SOI): ce soi fragile comme le sont dans toutes ces pages les identités pourtant figées en apparence des personnages souvent en quête de profondeur dans toutes ces pages - malgré les dénégations du héros du VERRE PLEIN qui choisit un beau jour de ne se consacrer qu’aux ...parquets. En filigrane, court aussi un perpétuel sentiment de culpabilité chez des êtres que tout sépare en apparence.

    On retrouve encore, outre son attention aux manières de parler, aux accents, aux difficultés d’élocution si personnelles, sa passion stylistique pour les accumulations et les énumérations, une constante assurance de qualité chez lui. Que d’objets entassés, délaissés qui viennent faire effraction dans la mémoire de Lee (pp 64/65 par exemple) ou fasciner le petit Toby (p.234)! De belles pages opposent de loin en loin les connexions interminables qui relient les êtres sans les rendre proches (un héros s’égare sur des échangeurs) et le chaos des choses du passé juxtaposées par un hasard qui propose au souvenir la chance d’un sens. La circulation fluide entre les échecs, les accidents, les frustrations, les illusions et quelques bonheurs ne revenant qu'au style d'Updike.

 

    Mais ce qui retient surtout c’est, dans ses belles réussites, son habileté à traiter la nouvelle comme un art de l’instant qui absorbe, engage, retient tout et que le texte s’efforce de rendre. Paradigmatique peut être dite FRAGILES ÉPOUSES qui dépend entièrement d’une piqûre d’abeille. Ou encore, comme son titre l’indique, L’APPARITION.
     La nouvelle updikienne est construite autour d’un moment qui compte, a compté, aurait pu ou dû compter. On est saisi devant la découverte que fait Benjamin à la fin de LE RIRE DES DIEUX et qui lui donne soudain une autre image de son père. On sourit à l’évocation douce-amère de la balade oubliée avec ÉLIZANNE. On mesure la complot du temps contre les moments de plaisir d’une liaison qui ne peut reprendre après l’érosion de bien des années.(LIBRE). D’ailleurs, symboliquement, la dernière nouvelle qui parle de la mort que le narrateur ne craint plus (LE VERRE PLEIN) et qui est comme un art (et peut-être un testament) "poétique" de J. Updike (art fait de congestion, de séparations, de connexions secrètes) est consacrée à des moments (fréquemment moments de rien) qui ont compté dans sa vie, des "moments pleins" comme il dit.


  La plus réussie de ces nouvelles (malgré quelques plates sentences), celle qui illustre au mieux tout le talent d’Updike, son souci du temps et de l’espace inséparés dans des cartographies psychiques s’intitule ARCHÉOLOGIE PERSONNELLE. Le héros Craig se met à chercher les traces des anciens propriétaires de sa maison. Il médite sur un gant d’ouvrier, invente le destin d’une tasse de porcelaine longtemps enfouie. De plus en plus seul avec sa seconde femme, il est en même temps la proie de rêves qui font remonter des bribes de son passé bien lointain où le trac est un signe obsédant qui cherche sa vérité. Un va-et-vient entre les objets de son enfance et son présent bordé par la mort qui le mène vers des balles de golf perdues. «Le début de son ère» supposa-t-il...Toute l'ironie si originale d'Updike tient en ce mot.


    Une œuvre qui, à voix basse,  parle de la disparition des êtres et des choses, de la dispersion, de l’émiettement, de l’entropie et de quelques restes menacés d'oubli. Une petite somme qui balance entre la révélation de L’ACCÉLÉRATION DE L’EXPANSION DE L’UNIVERS et la consolation vaguement  épicurienne du VERRE PLEIN.


J-M. R.


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Published by calmeblog - dans roman américain
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13 juin 2011 1 13 /06 /juin /2011 13:26

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