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9 mars 2013 6 09 /03 /mars /2013 06:18

      

 

  "Quelqu'un a dit : "la Hollande est de la religion d'Érasme." On exagérerait à peine en affirmant que dans cette petite nation domine l'esprit du philosophe de Rotterdam qui plaçait au-dessus de toutes les vertus la mesure et l'indulgence." Zbigniew Herbert.

 

 

   Une VUE DE LEYDE (1643) peinte par Jan Van Goyen: un ciel immense avec quelques touches gris-bleu, un décor peu fidèle à la réalité, des humains et des animaux à peine visibles, une couleur jaune passé. Merveilleux choix de couverture pour un livre de Z. Herbert (1924/1998), écrivain mondialement connu pour sa poésie (une édition complète est en cours chez le même éditeur) mais également pour trois titres (UN BARBARE DANS LE JARDIN, NATURE MORTE AVEC BRIDE ET MORS, LE LABYRINTHE AU BORD DE LA MER) qui tiennent à la fois de la relation de voyage, de la réflexion esthétique et de la méditation plus générale.(1)  


 Commençons par le livre rédigé au moment où l’auteur était en butte à l’état polonais communiste et affrontait déjà la fatigue et la maladie. Il avait visité la Hollande en 1970 puis l’année suivante avant d’aller en Belgique en 1976 et de retourner au pays des tulipes en 1988. La NATURE MORTE est un recueil très composé publié tout d’abord en revues avant de l’être en volume dès 1991, en anglais. Il se présente sous deux formes:une série d'essais puis des textes dits apocryphes beaucoup plus courts, certains faisant des clins d'œil à Borges....

 

Pour reprendre imparfaitement un autre titre disons provisoirement qu'ici le sujet d'Herbert est la norme et l'écart, l'écart devenant parfois la norme, la norme produisant quelquefois ses écarts dans un pays qui n'aime rien tant que la liberté.

 

 Magnifiquement édité par LE BRUIT DU TEMPS, ce livre consacré à un pays, à ses habitants, son histoire, son art est étonnant à bien des titres. Profondément, il ressemble à une sorte de dialogue avec soi-même, avec des êtres du passé et, souvent non sans malice, avec des contemporains auxquels il répond sans avoir l’air d’y toucher ou même de leur parler. Dialogue qui irait dans deux directions : que dire sur la Hollande à partir de ses tableaux connus ou méconnus? Que dire sur tel ou tel tableau depuis ce que Z. Herbert connaît de la Hollande? Lecture pyramidale classique menant de la base géographique, sociologique, historique au comble de l'art. Mais aussi de façon plus surprenante, lecture pyramidale inversée partant d'un socle qui serait un fait ou une œuvre et qui ménerait à la compréhension de tout un pays.

 

  À la fin du volume, le bien nommé ÉPILOGUE condense d'une façon extraordinaire tout ce que nous avons découvert grâce à la subtile prose d'Herbert.

 

OUVERTURE


 Un voyageur singulier (il a en main un Baedeker de 1911, il lit encore Fromentin...!) qui livre en passant un art de voyager qui ne vaut, comme il se doit, que pour lui mais dont on peut beaucoup apprendre:
après un écart initial imprévu, nous l’accompagnons vers une région hollandaise apparemment de peu d'intérêt qui le pousse à voir de près la moindre réalité et qu’il observe avec une science des couleurs qui se confirmera. Il nous fait entrer en terre hollandaise dans une sorte d’initiation à la nuit, à la pierre, aux choses, à l’empire longtemps destructeur de l’eau et à “la plus grande collection de paysages encadrés” (Patenier,Van Coninxloo, Avercamp, Cuyp, Potter, Hobbema, De Momper). Malgré un attachement ancien (un peu réduit, il explique bien pourquoi) pour Ruysdael, c’est à Jan Van Goyen qu’il s’en remet “comme guide de la vieille Hollande provinciale” avec ses chemins, ses canaux, ses dunes captés de façon  "élémentaire" et souvent imaginaire.
  Le survol biographique de Van Goyen est l'avant-dernier élément introducteur du livre : il montre déjà le regard particulier d'Herbert, annonce des sujets traités après (errance de créateurs, activités extra-artistiques, faillites) et fait découvrir un tableau sublime, PAYSAGE FLUVIAL, sublimement décrit.
    Enfin, avec humour (vertu qui avec l’ironie domine bien des pages), le visiteur nous décrit ce que lui offrit en terme de lumière la météo agitée du ciel d'un jour. Variations immenses, fréquentes, instantanées qui découragent l’idée de lumière unique, au propre et au figuré. Ce voyageur est beaucoup moins naïf qu'il le prétend....


PARCOURS


  La partie ESSAIS, une fois passé le DELTA, vous offrira des études autonomes sur le prix des tableaux en Hollande au 17ème siècle, sur la folie des tulipes qui s’empara du pays le plus sage de la terre, sur un peintre des intérieurs, Terborch, sur le procès truqué d’un peintre peu connu et passablement libertin qui laissa un seul tableau (le cœur du livre) et sur une réflexion sur l'absence de sujets héroïques dans la peinture hollandaise ….
  Ses APOCRYPHES sont constitués de textes brefs partant de faits peu connus, d’anecdotes en apparence insignifiantes qui servent de contes ou de fables avec ou sans morale gnomique. Comme un coin ombré de tableau, quelque chose se dit, discrètement, indissociable du tableau d'ensemble.

 

LA/SA HOLLANDE

 

 

  Ce qui peut s’appeler "un siècle d’or" est toujours un mystère surtout quand on compare les ambitions d’autres nations plus grandes à des époques aussi prestigieuses de leur histoire. Ce pays minuscule à la réussite éclatante le passionne et il veut tenter de le comprendre, de le saisir en évitant l'illusion d'homogénéité. Et sans recourir aux chefs-d'œuvre incontestés.


Prenez un dyptique conçu par Herbert. Au début des ESSAIS, le tableau LE PEINTRE DANS SON ATELIER  de Van Ostade : un atelier en désordre: aucune magie direz-vous? Après lecture du dernier essai, UN SUJET NON HÉROÏQUE, allez à Leyde : vous pourrez vérifier qu'à part une modeste statue, des boulets de canons espagnols, une maison décorée d’un ornement à motifs d’oiseaux, une tapisserie, un chaudron, cette ville qui fut héroïque et se sauva de l’Espagnol avec courage et invention n'a jamais songé à se mettre en scène de façon majestueuse et grandiose dans un grand tableau mémorable. Jamais la Hollande n'a célébré sa propre histoire en des tableaux d'apothéose. 

  Vous êtes déjà introduit à cette Hollande que chérit Herbert qui ose même parler (horreur pour des universitaires) de "psychologie des peuples", "de caractère hollandais"....

 


Les ESSAIS lui permettent de cerner cette psychologie qui n'exalte pas et qui fut toujours raillée par ses voisins (Herbert connaît ce qu’on leur reproche  depuis longtemps et cite le peu aimable cardinal de Richelieu qui parlait de sangsues, de "poux affamés").


Ses angles de vue sont parfois inattendus mais toujours significatifs: ainsi cherche-t-il à dire la Hollande par ce qu’elle n’est pas (l'héroïsme), par ce qui ne lui ressemble pas et qu’elle a pourtant connu (la folie des tulipes, les excès de l'intolérance (Torrentius)), par ce qui la définit plus que tout (la peinture présente partout).

 

Pour cerner ce pays qui ne méprise jamais le prosaïque, il commence par une étude qui peut sembler bien peu noble: le prix des tableaux. Pourquoi la peinture tenait-elle alors une telle place dans ce pays? Pourquoi pouvait-on trouver 100 à 200 tableaux dans une maison, pourquoi les tavernes (on pouvait y voir des œuvres de Momper) et les lieux publics pouvaient-ils s’orner d’autant de peintures, étant entendu que les commandes ne venaient pas d’une aristocratie (peu présente ou puissante) ou de mécènes prestigieux?
  De fait, si des artistes connurent le succès, quelques-uns se suicidèrent (Seghers, de Witte), d’autres finirent dans des asiles (Hals, Ruysdael): mais dans l’ensemble, l’analyse d'Herbert, bien renseignée, fine, mesurée, lucide montre que les peintres d’alors étaient des artisans qui ne se plaignaient pas, acceptaient l’impondérable, la part de jeu des ventes (“un Brouwer fut un jour estimé à à peine 6 florins!”), savaient qu’il ne fallait pas quitter un style ou un genre pour un autre, ne se gênaient pas pour faire d’un tableau un moyen d’échange, de remboursement de dettes, de cadeau ou même une sorte d’action dans un marché instable. Voire  de loyer… le tout dans un monde où le trafic de faux était florissant. L’image que nous restitue Herbert dit la dureté du métier pour un grand nombre de peintres dont la survie lui semble miraculeuse. Avec un tel examen nous pénétrons mieux ce qu'on appelle l'art, heureusement jamais loin de l'esthétique mais jamais non plus de l'économie réelle. Nous sommes à l'abri de tout romantisme de la création artistique: priorité herbertienne.

 

 L'économie dans un pays aussi "sage" réserva parfois des surprises: c'est l'objet de l'essai consacré aux tulipes, apparemment le plus éloigné du domaine de l'art.
 
    Une pathologie à l’échelle d’un pays, le plus éclairé de l’époque, voilà ce qui guide la recherche et la réflexion d’Herbert. Pourquoi la société hollandaise a-t-elle connu entre 1634/37 la folie des tulipes dont il croit déceler un signe avant-coureur dans un tableau de Boschaert qu’il décrit à la perfection? Après avoir raconté l’histoire de la tulipe qui passe pour "le paon des fleurs" et pour n’inspirer qu’un froid attachement, il narre l’épidémie qu’elle provoqua dans le pays de Spinoza (qui aura droit, en apocryphe, à un curieux petit texte), “le pays des gens qui lisaient, d’auteurs savants, de libraires cultivés et d’éditeurs éclairés.”
 Avec un grand sérieux, il examine les raisons du phénomène, il en décrit les étapes, le rapide élargissement de "l’abîme qui sépare la valeur réelle des plants et le prix qu’on acceptait de payer, les spéculations délirantes", les lieux de transactions, les ventes de nuit: on pense à La Bruyère mais pour une manie qui toucherait tout le monde, sans distinction de classe ou de rang. Il analyse aussi les explications qu’on donna du krach qui devait fatalement se produire: selon lui, “la manie des tulipes fut tuée par sa propre démence.”Le résultat fut tragique pour beaucoup. Évidemment cette
plaisante étude où Herbert, à la fois botaniste, historien, moraliste cherche les vérités d’un phénomène de masse sur lequel le Sartre de LA CRITIQUE DE LA RAISON DIALECTIQUE aurait fait quatre cents pages, au moins, lui permet une méditation sur d’autres crises, d’autres épidémies psychiques - certaines récentes, d’autres encore à venir. Il est à noter que l’obsession, la passion monomaniaque hantent bien des pages des textes dits APOCRYPHES de la seconde partie du volume. De toute évidence, l'écart, l'excès qui deviennent pathologie ou norme ou invention retiennent beaucoup le poète.

 



   Avec l'essai Gérard Terborch, le charme discret de la bourgeoisie nous sommes plus près de la peinture et assez loin de la crise : la vie de ce peintre fut "libre de crises, de drames et de ruptures de carrière” et il peignit des bourgeois. Nous revenons vers la question du public et des commanditaires de tableaux dans la Hollande du 17ème siècle. Là encore c'est l'écart d'un artiste sans problème qui va retenir son attention. Dans le même mouvement, écart identifiable dans le traitement des genres et écart par rapport à sa propre esthétique.
  Herbert rapporte vite les étapes de la biographie de ce grand voyageur-fait rare alors - et rude négociateur dans le prix de vente d’un tableau (point capital), s’arrête sur un chef d’œuvre qui ne lui parle guère, LE SERMENT DE MUNSTER (1648) mais qui a le mérite d'exprimer ce qu'est la peinture hollandaise si on pense à ce qu'auraient fait Rubens, Velasquez et les Italiens. De plus, Herbert prouve son admiration pour deux sortes de portraits-brouillons de cette "grande" scène de groupe sur laquelle il avoue tenir un avis blasphématoire.

 

  Mais le poète  en vient à ce qui fait la réputation de Terborch qui se trompa sans doute sur ce qui constituait son propre génie. Dans le mouvement général des sujets de genre et des portraits où s'illustre Terboch, il cherche les singularités du peintre: ses sujets, les enfants montrés comme par aucun autre, ses moyens d'une rare et subtile économie qui disent le grand dessinateur, l'artiste attentif à la pauvreté du décor, à la science du sombre, aux coloris sobres mais très variés. Il dégage une double originalité : il ne montre pas l’opulence de ses commanditaires et il excelle (en particulier avec les tableaux de jeunes femmes lisant) dans la représentation de l'indécision, du suspens, de l'indéterminé et surtout de l'ambiguïté, principalement dans LA REMONTRANCE PATERNELLE, le tableau préféré d'Herbert qui en offre une description éblouissante et rappelle avec beaucoup d'humour la thèse récente selon laquelle nous aurions plutôt affaire à scène de...maison close sous l'apparence d'un monde bourgeois très cossu et discret.Toujours l'écart à peine perceptible.
    Voilà bien un peintre identifiable par son originalité "infalsifiable". Mais Herbert aime constater les surprises qui remettent en cause une idée donnée pour sûre. Les Hollandais sont sages, besogneux, grippe-sous? On a vu la crise des tulipes. On reconnaît aisément un Terborch? Oui et puis non: deux tableaux troublants prouvent que certains choix d'artiste demeurent mystérieux:comment ce bourgeois, peintre de bourgeois, a-t-il pu représenter LA FAMILLE  DU RÉMOULEUR visible à Berlin? Plus sidérant encore:LA PROCESSION DES FLAGELLANTS fait immanquablement penser aux Espagnols et à Goya.
Comme tous les autres, les chemins de l'art, de son histoire, réclament, de l'amateur comme du spécialiste, de l'humilité.

 

 

 

  Dominé par un fond quasi-noir menaçant, le cœur du livre est consacré au tableau qui lui donne son titre et à son auteur, Jan Simonz Van De Beeck, qui avait pris le nom de Torrentius, lequel "dans sa forme adjective, signifie “brûlant, ardent”, et dans sa forme substantive”torrent rapide, impétueux”, deux éléments inconciliables, antagonistes, le feu et l’eau.”
 Pour Herbert, ce tableau correspond à un moment d’une intensité  extrême (sans doute au-delà de
l'esthétique) vécu au Musée royal d’Amsterdam (2) et à une autre interrogation sur cette Hollande qu'il aime jusque dans son mystère indéfinissable mais qu'il refuse d'expliquer  par des abstractions idéalistes toutes faites..
  Voilà encore un cas et une anomalie dans une nation tolérante comme aucune autre à l’époque:”Dans la République, un esprit universel de tolérance adoucissait la sévérité du calvinisme. À côté de la moralité bourgeoise exemplaire et philistine existait une marge de liberté considérable.” Plus loin, sans idéalisation, Herbert fait un tableau très nuancé de la moralité hollandaise.
  La biographie de Torrentius est romanesque et tragique. Il passait pour un génie de la nature morte capable d’y atteler des forces surnaturelles et ses mœurs libertines complétaient sa réputation. On le soupçonnait d’appartenir aux rose-croix (Herbert en donne un rapide historique): il fut arrêté à Haarlem et condamné sans justice avec de nombreux témoins à charge. On l’accusa de tout, on ne tint pas compte de ses témoins à décharge. Il fut visiblement victime d’une justice d’exception. Il se défendit avec talent mais on eut recours à des contraintes physiques. Condamné à mort, sa peine fut commuée en années de cachot. Le roi d’Angleterre, amateur d’art connu, souhaita s’attacher ses services. On libéra le condamné: contrairement au Don Juan de Molière qui choisissait le petit bruit de l'hypocrisie, il reprit son mode de vie en Angleterre, retourna en Hollande ("folie", écrit Herbert). Deuxième procès, nouvelles tortures, mort d'un homme épuisé.
    Fait encore plus singulier : il ne reste de lui que ce tableau NATURE MORTE AVEC BRIDE ET MORS découvert par hasard en 1913 et qu'Herbert nous décrit avec exactitude pour nous livrer ensuite son exégèse du distique  saturé de a

                       E R Wat buten maat bestaat

                       int onmaats aat verghaat

 

 

qui ferait de cette nature morte non une allégorie de la vanité mais de la tempérance-fait curieux pour un peintre qui ne fut guère prudent. Après bien des hypothèses, modestement, il laisse Torrentius à son mystère, à son art. Il obéit lui-même au tableau, à son éloge de la tempérance au lieu de céder au vertige d'une herméneutique consolante mais délirante. Vertige qui saisit souvent les analystes de tableaux...

  HERBERT


  Ce livre est érudit avec intelligence, sagacité et malice. Il dit beaucoup sur la Hollande et encore plus sur Herbert et son air de ne pas y toucher. Ce n’est pas un hasard si le mors domine le tableau de Torrentius et si Herbert le décrit avec son immense talent (ce que lui reprochait Gombrowics). La Hollande du XVIIème était un exemple d’équilibre mais sûrement pas un modèle dont il faudrait avoir la nostalgie: jamais Herbert n’oublie sa justice d’exception et ses colonies. Cependant si la Hollande a pu céder aux formes délirantes (épidémie de la tulipe) et si les bons bourgeois accumulaient le capital (on voit qu'Herbert ne déteste pas la pique satirique très contemporaine), les Hollandais dans leur art et leur art de vivre ont su produire un équilibre où tout se conjoignait : le rire de la folie ou de la fête, le gris des calculs, le beauté du quotidien, la suggestion de l'érotisme, le provincialisme qui touche à l’essentiel, la liberté dans les faits et pas seulement la liberté abstraite des idées théoriques qui peuvent faire des ravages, l’acceptation des limites, le jeu avec les contraintes. Dans l’apocryphe UNE LETTRE, Vermeer s’adressant à un ami en train de donner de nouveaux pouvoirs au microscope lui demande de laisser les peintres “continuer [leur] procédé archaïque pour dire au monde les paroles de réconciliation, la joie de l’harmonie retrouvée, le désir éternel d’un amour payé de retour.”
  
  Ce qui n'excluait pas les excès, les transgressions auquels renvoient nombre d'APOCRYPHES et, avant tout, ce mors à peine surgi du noir.

 

  Dans ce petit livre, vous ne lirez pas tout ce qu’il faut savoir sur la Hollande. Vous apprendrez à voyager, à regarder de près les tableaux, les choses, les êtres. À saisir une Hollande réelle d’où rien n’est exclu au nom de la transcendance de l’art. Vous oublierez les grandes synthèses lyriques à la Malraux qui multiplient les comparaisons étourdissantes, vous négligerez les analyses sémiologiques des années 60/70, vous aurez un contact direct avec un pays réel et non avec seulement une idée esthétique de la Hollande. Vous serez émerveillé par des fulgurances anachroniques (Herbert voit un Braque dans un Terborch ou un objet surréaliste dans ce fameux mors à peine visible), par sa virtuosité à déceler les jeux des peintres avec le codé (les lettres par exemple chez Terborch), par ces passages incessants du local au global, du minuscule au paradigmatique, par cette modestie devant les œuvres. Sans jamais oublier le présent et le passé récent de la Pologne d’Herbert qui n’est jamais loin.



  La péroraison de la partie ESSAI est mémorable et vaut pour tout le livre:"Le liberté, sur quoi on écrivit tant de traités qu'elle en devint un concpet pâle et abstrait, était pour les Hollandais une idée aussi simple que le fait de respirer, de regarder, de toucher des objets. Ils n'éprouvaient pas le besoin de la définir ni de l'embellir. C'est pourquoi dans leur art il n'y a pas de discrimination entre le grand et le modeste, l'essentiel et l'accessoire, le noble et le commun. Ils peignaient des pommes, des marchands drapiers, des assiettes en étain et des tulipes avec tant de patience et d'amour que les images des au-delà et les récits tapageurs des triomphes terrestres perdent à côté leur éclat."

 

 

Rossini le 12 mars 2013

 

 

 

NOTES


(1)Précisons que le poète a laissé 5000 dessins des lieux et des tableaux admirés dans ses voyages. Son livre sur la Crète et la Grèce (LE LABYRINTHE AU BORD DE LA MER) en reproduit quelques-uns.   

 

(2)"Je compris d'emblée, si difficile que ce soit à expliquer rationnellement, qu'il m'arrivait quelque chose de grave, d'essentiel, bien plus qu'une rencontre fortuite au milieu d'une foule de chefs-d'oeuvre. Comment définir cet état d'esprit? Brusque éveil d'une curiosité aiguisée, l'attention tendue, les sens mis en état d'alerte, l'espoir d'une aventure, consentement à l'éblouissement. J'éprouvai une sensation presque physique, comme si quelqu'un m'appelait, me faisait signe.
Le tableau - précis, insistant - s'ancra dans ma mémoire pour de longues années."

 

 

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Published by calmeblog - dans critique d'art
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