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27 juillet 2011 3 27 /07 /juillet /2011 11:18

    Bech est de retour: le titre de cette œuvre est aussi le mot d’ordre de la campagne de communication lancée à New York autour de la publication du roman si longtemps en chantier (un temps sous le titre ARGENT FACILE avant de s’appeler PENSER GRAND (qui sera traduit aussi par Michèle Hechter comme Grosse Pensée)) de l’écrivain Henry Bech, héros d’un précédent livre d’Updike, BECH VOYAGE. Le nouveau roman dont nous lisons des résumés ou des pages entières est lisiblement de piètre qualité mais obtient enfin un succès retentissant. On le lit même sur les plages...

    BECH est un écrivain américain juif qui a connu de beaux succès mais dont le roman LES ÉLUS a été unanimement massacré par la critique. Depuis, il s’est contenté d’exploiter sa notoriété en donnant des interviews, des conférences et en voyageant un peu partout dans le monde. Dans ce deuxième opus, Bech voyage encore beaucoup (dans le Tiers-Monde, en Australie et au Canada, en Terre-Sainte, en Écosse) mais il faut avouer que ce n’est pas dans ces chapitres que se tient le meilleur Updike, à quelques pépites et à quelques constructions habiles près.

    Le meilleur est, de façon éparse, dans certains passages d’une grande virtuosité (la ville isolée de tout par la neige donne lieu à une page éblouissante, certaines parties de l’Écosse sont rendues avec une allégresse inédite), dans quelques portraits (la réception chez un clone de Warhol et la rencontre de deux écrivains vedettes est mémorable (BLANC SUR BLANC), la reprise de contact avec son éditeur ou plutôt ses successeurs est d’une belle acidité), dans quelques observations satiriques et plus continûment dans le vaudeville qui résulte de la création du nouveau roman et dans les affres qui l’ont accompagnée (BECH ÉPOUX).

    En effet un événement de taille s’est produit : après avoir fréquenté les deux sœurs Latchett, Bea et Norma- la-volcanique déjà aperçues dans le premier volume, Bech, le vieux célibataire aux conquêtes souvent éphémères, a épousé Bea. Plus étonnant encore, il a quitté son célèbre appartement new-yorkais pour aller vivre auprès de sa femme et ses trois enfants à Ossining dans une Amérique proche mais qu’il découvre soudain comme s’il s’agissait d’un pays étranger. Poussé par Bea, il va peu à peu rédiger ce roman qui lui rapportera tellement l’argent. Les échanges qu’il a avec Bea, les esquisses et les canevas que nous découvrons peu à peu sont très instructifs et jouent avec les stéréotypes qui viennent spontanément au lecteur: on apprend en suivant la plume très rusée de Updike ce que vit tout créateur, les pressions, les analyses réductrices, les projections que lui font subir des proches qui se reconnaissent dans le texte (on pense à Cocteau ne comprenant rien à Proust en croyant reconnaître des modèles familiers derrière la duchesse ou Palamède).
    Pour qui a lu le premier volume des aventures de Bech, il retrouvera avec un plaisir choisi les pastiches et parodies d’Updike qui réécrit ce que les critiques littéraires sont supposés avoir écrit sur PENSER GRAND : une note toute spéciale est à attribuer à la prose de Georges Steiner imitée à la perfection par Updike.
    Mais vaudeville oblige, Bea verra sa sœur vouloir lui reprendre Bech qui en fin de compte se retrouvera heureusement seul et à nouveau New-Yorkais dans un minable deux-pièces de la 72è rue Ouest.

    Il reste que le grand Updike est tout entier dans le premier «chapitre» intitulé TROIS ILLUMINATIONS DANS LA VIE D’UN AUTEUR AMÉRICAIN. Updike est à l’égard de Bech d’une fraternelle cruauté qui rend hilare : sa fréquentation d’un collectionneur de son œuvre, ses efforts pour appliquer à son roman encore poussif la méthode d’Edgar Poe (traduite par Baudelaire sous le titre GENÈSE D’UN POÈME) et enfin son voyage aux Caraïbes offert pour lui permettre d’autographier ving-huit mille cinq cents feuillets à insérer dans une édition de luxe de son livre FRÈRE COCHON, en compagnie de Norma sont de vraies réussites. La chute de ces trois «illuminations» est un joyau.

    Ce labyrinthe de miroirs déformants laisse parfois insatisfait voire critique mais quelques formules surprenantes, quelques remarques de détails où l'auteur de COUPLES excelle toujours, certains textes nous réconcilient avec Updike.

 

  Rossini.

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Published by calmeblog - dans roman américain
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