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30 juillet 2014 3 30 /07 /juillet /2014 06:01


            «Nous autres Navajos, nous ne pratiquons pas la violence. Nous préférons la sorcellerie
                                

 

 

 

        On doit à Tony Hillerman d’avoir introduit l'anthropologie dans le roman policier. Ayant fréquenté les réserves indiennes dès sa jeunesse, il a situé ses intrigues chez les Navajos. Dans LE PEUPLE DE L’OMBRE (PEOPLE OF DARKNESS, un titre richement symbolique, à l’occasion d’un vol modeste, il nous fait pénétrer peu à peu dans les coutumes des vaincus en compagnie de Jim Chee (du «clan» du Peuple au Lent Parler) qui accomplit un travail de police (Police tribale navajo) en attendant de rejoindre le FBI. Nous ne sommes jamais loin du Mont Taylor aux apparences sublimes.


 Ce roman s’ouvre sur une violente explosion criminelle et avance au gré de nombreuses autres: l’une, la plus ancienne, nous renvoie bien des décennies en arrière et concerne une découverte d’uranium.


Tout commence vraiment avec le vol de cette mystérieuse cassette dans la maison luxueuse de B.J.Vines, heureux bénéficiaire de la prospection en uranium: une recherche est lancée par sa seconde épouse qui fait appel à Chee. Peu encouragé par le confrère qui avait enquêté avec fureur pour résoudre la lointaine explosion de la mine, gêné par les superpositions de juridictions, Chee est en outre poursuivi par un tueur à gages particulièrement tenace et ingénieux, Colton Wolf. Le policier navajo fait la connaissance de Mary Landon qui le suivra courageusement dans son enquête périlleuse racontée de façon habile dans le traitement du suspense.

 

 Mêlant réflexion, investigation et action, l’intrigue nous mène de planques en commissariats, de hogans en arroyos, de petits morceaux de roches noires en couches épaisses de pechblende et plus nous nous enfoncerons dans le territoire navajos et plus nous descendrons dans la mémoire du crime du puits de mine et remonterons dans la généalogie des dernières victimes. Le fil directeur étant ce Peuple de l’Ombre, groupe voué au peyotl (faiseur de voyance) et possédant comme totem la taupe (découpée dans la pierre noire) qui, à l’instigation d’un Blanc, les tuera de leucémie.


 L’enquête est complexe, sa résolution d’une grande subtilité:la construction habile dans la symétrie voit tous les personnages importants jouer un rôle dans le finale. En profondeur, le roman montre le destin d’êtres obsédés ou marqués par leur enfance et la narration est sensible à l’espace (un magnifique passage dans le noir Malpais a comme écho la dernière nuit et la dernière matinée dans la blancheur nivéale). Sans être soulignée, la limite (sous toutes ses formes) hante bien des chapitres.

 
Une extraordinaire légende navajo sur le premier homme vivant (il se liquida pour renaître et faire enfin le mal) donne la clé de toute l’aventure qui aura permis de fines suggestions sur les oppositions entre Blancs et Indiens (notamment sur la mort, le rapport aux morts, sur la civilité et l’hospitalité, sur le langage). Elles ne pèsent jamais, ne sont pas abusivement plaquées sur l’intrigue mais frappent durablement la mémoire du lecteur qui n’a qu’une envie:lire d’autres romans de T. Hillerman.


        «Un bleu étincelant et un blanc d’une extraordinaire pureté. Un décor aussi beau aurait dû le transporter d’admiration. Mais [Chee] n’éprouvait rien, qu’une extrême fatigue et un vague dégoût.
 Cependant il en connaissait la cause, et le remède. Les étranges coutumes des Blancs avaient détourné les Navajos de la beauté. Et il lui fallait retrouver cette beauté

 

 

Rossini, le 30 juillet 2014

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Published by calmeblog - dans roman policier
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