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26 avril 2013 5 26 /04 /avril /2013 17:15


       Dans le genre de la visite d’atelier et surtout de la visite de l’atelier d’Alberto Giacometti (rappelons-nous Genet, Lord, Sylvester, quelques autres) le petit livre de Paolo Carola n’est pas le plus connu ni le plus ambitieux. Ce n’est pas une raison pour l’ignorer.

  Paola Carola, jeune Napolitaine, découvrit à Venise, en 1948, des œuvres du sculpteur:elle vint étudier en France en 1955, s’installa à Paris, s’y maria et, indirectement, grâce à Matta, demanda à Giacometti de la prendre comme modèle pour un buste. Tout simplement.


    On retiendra tout d’abord un portrait nuancé mais très amical d’Annette au quotidien:son rôle discret mais ferme dans l’atelier même quand elle alla résider ailleurs;sa passion pour le modèle japonais Yanaihara, son activité après la mort d’Alberto, sa rupture avec Diego, son travail pour le catalogue raisonné et la fondation (elle ne pourra mener à bien aucun des deux projets) et ses problèmes à l’extrême fin de sa vie avec la maladie et surtout la tutelle pénible qui lui tomba dessus durement. Avec ces pages il s’agissait en réalité de témoigner afin de corriger le portrait peu flatteur qu’en donna James Lord dans sa célèbre biographie.(1) Cette Annette enthousiasmée par Mai 68 et tentée par les transgressions méritaient bien ces lignes fraternelles. La question de l’héritage Giacometti quant à elle vaudrait sans doute un immense roman....très contemporain.   

 

   La partie la plus intéressante du livre tient évidemment dans le récit qu’elle fait des poses qui durèrent six mois quand elle avait 28 ans (1958/9). Consciente de venir après bien d’autres textes de visites, elle passe vite sur ce qui est connu (l’obsession de la tête, du regard, les rigueurs de la pose, les abattements du sculpteur) pour ne livrer que ses sensations, ses impressions, ses appréciations. Sur ce dernier point il faut dire que Paola allait devenir psychanalyste et qu’elle s’était rapprochée de Lacan. Rejetant tout commentaire de l’œuvre qui est pourtant une mine pour psychanalystes elle préférera présenter de façon un peu naïve mais sincère les six mois de pose comme l’équivalent d’une cure.
    Elle a de justes remarques sur l’emprisonnement chez Giacometti et dans son œuvre (les fameux cadres) ainsi que sur le désir de l’artiste de tout transgresser à partir de bases contraignantes et de répétitions d’essais acharnés. Elle donne une formulation très personnelle à la sensation d’apparition-disparition sous les doigts de Giacometti et rapporte l’impression qu’elle avait de le voir s’attaquer à son squelette. Figée, immobile, posant comme une morte, elle voyait les doigts qui faisaient vivre l’argile... Bien avant Sylvester, elle comprend qu’il y a une analogie entre la parole de Giacometti et son travail de sculpteur et elle témoigne de la qualité de l’échange qui avait lieu pendant le "travail".
  Comme tout le monde elle cherche à dire et parvient à définir le phénomène giacomettien de la présence et de la séparation. Enfin elle retrouve des affirmations de Genet sur la solitude et le respect de Giacometti pour tout le monde.


    Un petit texte très personnel, pudique, touchant, soucieux de dire sa vérité.

 


 

Rossini, le 28 avril 2013

 

 

 

NOTE

 

(1) Nous pouvons d’ailleurs lire dans ce volume l’encart publié dans trois revues américaines et anglaises et destiné à dénoncer cette biographie:il est signé par les plus grands noms des amis de Giacometti.

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Published by calmeblog - dans critique d'art
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