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5 novembre 2011 6 05 /11 /novembre /2011 17:56

 

 

 

       Qui a vraiment inventé le football? Quand sera-t-il mis fin à la traite des enseignants? Rimbaud et Lautréamont ont-ils réellement eu l’occasion de se rencontrer en 1870? Comment passer à la postérité quand on est écrivain? Que valait Albert Cingria comme cycliste? Sollers est-il le vrai nom de Sollers? Quand, oui, quand Paul Vanderstrick, l’auteur de l'inoubliable BEN HUR 56 (course d’escargots et de limaces) reconnut-il sa vocation cinématographique? Quels furent les derniers mots de Baudelaire et Valery Larbaud?
   Il est des questions essentielles dont l’urgence nous est scandaleusement cachée par un malin génie. Par une chance nécessaire, Dominique Noguez, nouveau Descartes de la double hélice et pas seulement des Sirènes & des Satyres, est heureusement là pour nous faire des révélations qui, comme il se doit, touchent aussi bien au passé le plus enfoui qu’au futur le plus lointain et le plus mal assuré. Dès ce petit opus de 2006, déjà mémorable et posteritable LA VÉRITABLE HISTOIRE DU FOOTBALL & autres révélations nous devinions, grâce à lui, que l’on pouvait battre la lumière à la course et vaincre le Temps à plate couture. Einstein est toujours-déjà dépassé par la gidouille la plus conséquente.

 

 

    Le lecteur est saisi : les connaissances de notre savant sans préjugés sont pour le moins picdelamirendolesques dans une époque qui semble les rendre inaccessibles à un seul homme. Avec une patience de bénédictin holmesien qui sait que la modestie est une vertu cardinale, D. Noguez sort de l’oubli tel écrivain (Maxime Petitdoigt) à l’œuvre trop longtemps méconnue. Nouveau Linné fatalement revu par un Darwin qui aurait volé ses manchettes à Buffon, il ouvre pour nous le registre d’un véritable cabinet de curiosités bien vivantes (le caméleon-chat, le lièvre-tortue et bien d'autres) toutes droites et hybridement  sorties des expériences de la SFRA (Société française de régénération animale). À constater son  omniscience sur le cinéma belge le plus up, le plus out, le plus down, le plus underground, on se dit que si Aristote avait eu la riche idée de naître à Namur ou à Liège (pour ne pas dire Louvain), son traité perdu sur le comique ne l’aurait pas été pour tout le monde.

   Ses enquêtes sont d’une rigueur à peine humaine et on se demande comment tant de découvertes lui viennent en une seule vie. Il est capable, par honnêteté scientifique, de dire son ignorance («À la suite de quel drame domestique, de quelle réprobation sociale, ou, tout simplement, de quel soudain goût de l'aventure retrouvons-nous vers 1640 notre homme dans  diverses petites villes de la rive droite du Rhin où il gagne le surnom de «Souabe », puis au Pré-Bérard, lieu-dit sis sur les hauteurs d'Aix-les-Bains? Nous n'en savons fichtre rien, les documents manquent avant ce beau jour de l'été 1645 que plusieurs lettres de sa belle-sœur Louise Respignasse nous permettent de reconstituer avec une étonnante  précision»(je souligne)) et de rappeler, par confraternité respectueuse, d’autres hypothèses que les siennes. Mais il faut le voir peser, soupeser ses données, fouiller partout dans le Chaix de 1870, dans des archives mangées par la poussière du temps et de l'oubli...Jamais avare, jamais tenté par la rétention d’information, ses révélations sont comme des dons à l’humanité privées jusqu'à lui de l’indispensable. Non content de révéler au monde l’origine du foot, en passant il donne aussi, avec preuves en main, celle du rugby:
       «Or donc, à quelques jours de là, Louise ayant, au cours d'une sieste crapuleuse, passé la lain dans les profondeurs de Victor et ayant un peu pressé ar jeu « le senestre pendant de sa virilité », comme elle l'écrit dans son style inimitable, celui-ci, après avoir demandé, l'œil frisant, ce que faisait « la main de [sa] belle-sœur dans la culotte du Souabe », ajouta soudain, tandis qu' elle faisait mine de l' ôter: « Laissez, ma mie. Vous tenez la forme que je cherchais. Ce sera une grosse olive! ». Il venait d'inventer le rugby!». Quel écrivain transparaît aussi dans cette hypotypose!


    Avec lui chaque trouvaille est une épiphanie; chaque ligne est une illumination que Bachelard aurait voulu connaître en se flattant la barbe qu’il avait longue.

   
    Dans une langue plus fluide et moins hermétique que celle de ce pauvre Nostradamus et sans attendre son Dumézil, c’est avec un réalisme en trois dimensions que Noguez  instruit en désarçonnant. Il nous fait voyager dans le temps et nous donne un vaste panoramique de la victoire culturelle de l'exception française aux États-Unis avec un parc Astérix de toute beauté, des aléas de la décentralisation, de l’empire prochain la société civile et de la proportionnelle démagogique en France en 2024, des mésaventures de la création d’un nouvel arrondissement parisien en 2100 mais aussi de la suburbanité des années 2021 passant du piquage à l’oreillage où on constate avec joie et émotion que les goûts de Jack Lang sont encore dominants car définitivement et absolument modernes.

    Il nous révèle aussi mais de façon implacable la tragédie de Marcel Ouffard qui voulait être fou littéraire et qui malheureusement n’avait pas assez échoué, condition sine qua non pour entrer dans cette académie unique. D. Noguez, on la compris, sert à refonder la notion d'humanisme.


   Surtout c’est son goût, son bon goût qui éclate dans toutes les analyses :ainsi, avec élégance et retenue, il vous dégage tout ce qu’il faut savoir du pseudo-Antisthène avec le sérieux de Vialatte méditant sur l’éléphant considérable et ses illustrations ont la beauté des Man Ray dans Nadja.

 

   Ne cherchez pas à être seulement de votre temps : avec Noguez, soyez de tous les temps (1).


 

(1)Que l'esprit de Borges ne connaisse jamais ce doute et cette question blaspématoires et que Noguez ne nous en veuille pas trop pour le seul froncement de sourcils que fait naître cette œuvre en tout autre point imparable et inattaquable : Victor Pénard est-il vraiment l'inventeur du pèle-poireaux à pédale comme il nous l'assure à la page 17? Surtout : sur quel quai, dans quelle partie du hall de la gare du Nord se trouvait Rimbaud quand, incontestablement,  Lautréamont l'aperçut ?

 

  Rossini

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Published by calmeblog - dans encyclopédie
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