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15 juillet 2013 1 15 /07 /juillet /2013 06:08

"Pas de symbole ni de métaphore
    une expérience d
     e plus Qui se tient"
                   ( page 49)


"Qu'est-ce qu'un texte? La course d'un dé pipé."

                   (page 29)

 

 

                                           ***


 

   Nicole Caligaris et Pierre Le Pillouër nous offrent un livre étrangement intitulé L'EXPÉRIENCE D

 

 

 

 

D
eux voix - au moins. L'une ne dit-elle pas : "j'ai coutume de voir double"? L'autre, au plus près de la lettre, ne dit-elle pas le dire double?


D
eux voix.
L’une (pas forcément une) plutôt narrative, méditative. Prose de poème en prose. Parlant d’autres, de beaucoup d’autres (connus, inconnus), d’ailleurs. De son ici.

L’autre sérieusement ludique, plus torturée, moins linéaire. Vers de poèmes éclatés. Touchant aux mots, les désossant, les démantelant. Les coupant. Leur donnant une autre vie, une autre chance. On pense parfois au dernier Leiris mais en plus rageur. Démocrite qu’on n'attendait pas là. Langue atomisée. Langue performative souvent, langue qui produit le clinamen infini : “vivant le Corps, l’Esprit desvie”, la lettre plutôt....

Extension du domaine des rhétoriqueurs (suivez donc les chances des proches air/aire/erre/ère).
Condensation, éclats de pensée. D/éflagrations. Avec, surprise, l’amorce d’un récit, vite désamorcé.


    Il est parfois question de jazz, de Lateef, d’Ellington, de Monk- mais à quoi pensait-il, que faisait Monk quand Miles le rappela un jour au groupe, au commun?

    Disons : deux voix qui comme dans une session, jouent,  l'une près de l'autre, l'autre prêt de l'autre, l’une après l’autre, l’une avec l’autre, l’autre envers l’une. 


 L'une doublant la langue ; l’autre cherchant le point de fuite dans  la langue. Peut-être.


  Entre deux. Entre eux deux. Intervalle. Expérience de D/éséquilibre.

            L’enfant demande
            Comment dessiner l’entre
            (entre l’autre et l’antre)


Monk encore: "Chaque note jouée est une origine dont la suivante ne sort pas à terme.


  Chaque événement est comme ça l'appel de l'événement à venir, qui pourrait, actif avant d'être advenu, préfère ne pas, puis tombe, jamais tout à fait pile."

 
 Expérience qui, sans s'attarder, dit à la fois l'abondance du peu et l'inévitable de la perte.



    EXPÉRIENCE


Empr. au lat. class. experientia « essai, épreuve, tentative ».

Essai.

Traversée risquée, problématique. L'avant-dire :"Nous nous sommes avancés à l'intérieur d'une aire de jeu qui nous dispense des réserves, des protections et des inhibitions dont notre être social ne se départit pas sans crainte."

Chance.

Il est souvent question de marche, "d'idiote de la marche", de marche entrâvée par des béquilles, de marcheur "de sa liberté, délié de soi", "des continents écartés du gros des routes navigables."


 Attention toutefois “aux gâchis de départs peu entiers.”


 Épreuve où personne n’a à faire ses preuves.

EXPERIENCED?

accomplished, accustomed, adept, been around, been there, broken in, capable, competent, cultivated, dynamite, expert, familiar, having something on the ball, in the know, instructed, knowing one's stuff, knowing the score, mature, matured, old, old hand, practical, practiced, pro, professional, qualified, rounded, seasoned, skillful, sophisticated, sport, tested, the right stuff, trained, tried, versed, vet, veteran, well-versed, wise, worldly, worldly-wise ?

 

 Sûrement pas.


 

 
 DES LIGNES  en abondance, des fils mais aussi

 sautes

et voltes
coupures

Ailleurs, radical:


interruption et
perte de la primauté donnée à l’être sur le signe



   En effet, il est beaucoup question de fil(s) (cordon, de ganses, de ligne du jugement de certains fils), sans sombrer dans l’illusion du lié dans laquelle tombe le croyant.

  Le fil de l’enfance, du souvenir. Expérience d/enfance : quand on étaient petits. La religieuse. La salle de classe. Les bulles, la bassine entre les jambes. Cependant, “revenir n’est pas de mon ressort”.

 

"Je cherche la traversée, les voies libres, une trouée, chaque pensée accrochée au blanc, indivise, le voilà, le vide (...)."(Je souligne).

 

D/eux expériences de la langue. De l'hétérogène.


 

 

LE POINT 

 

Une des voix tourne autour de l’élan, du moment qui va commencer, qui “à lui tout seul (…) annule la chute”, instant de l’”encore immobile” de la tension du cerf "qui va bondir", de Lateef qui va jouer.


Des mots s'imposent : la seconde, parfois la minute immense (la baronne Panonica) mais fondamentalement l'expression sur le point de ...(1)
 Ce qui ne rend pas inattentif à ce qui ne passe pas ("Ni l'heure, ni l'air ne passent, ni sous les ponts, ce qui nous abandonne par distraction:nos souvenirs.") ou bien à l’accompli ou à l’en train de s’accomplir, au moment du passage, à ce qui passe dans le passage, ce qui passe dans la voix, "comme la respiration de l’oubli.”

 

 Et, entre deux, ce moment nommé : "Entre le moment où le bistrot ferme et le moment où il est fermé, il reste une table en terrasse, c'est la dernière, j'ai les coudes posés dessus, le verre mousse, mes jambes arrêtent de trépider, ça y est. C'est le moment du petit infini, gardé par par le garçon de café."

 

Entre deux battements du majeur sur la peau.



 

Autant de lectures, autant de fois le dé lancé: six faces? Non, sept. À vous de lire. "Jamais tout à fait pile." Jamais déjà-là.


 

Rossini le 23 juillet 2013

 

 

 

NOTE

 

 

(1)"J'écoute Lateef sur le point de jouer (page 12);"Lire (...) est-ce suivre le fil d'un mouvement sur le point de s'évanouir?";"(...) avec ce sourire sur le point de s'ouvrir(...)"(page 44); "(...) les ailes amenées, sur le point de fondre."(page 45)


L'autre voix n'est pas en reste au-dessus du blanc vide:

 

"Comment savoir si l'on n'est pas sur le point de

s'avoir?"(page 41)

 

 

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