Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
18 mai 2013 6 18 /05 /mai /2013 06:46

        L’écrivain suisse de langue allemande Martin Suter a déjà derrière lui de nombreux livres qui lui ont permis de se créer un lectorat fidèle et attentif. Il publia en 2012 LE TEMPS, LE TEMPS, un roman qui devrait encore surprendre.

 Peter Taler employé au service financier chez Feldau & Co (en réalité, comptable, il s'occupe (sans plaisir) des factures)) est veuf depuis un an : inconsolable (d’autant qu’il tarda à ouvrir la porte de leur immeuble au moment où sa femme reçut les coups de feu meurtriers), il vit encore en la compagnie imaginaire de Laura. Comme il a depuis longtemps la sensation que quelque chose ne va pas autour de lui, que quelque chose a changé, chaque soir, il recrée des repas identiques à ceux qu’ils partageaient quand ils étaient encore deux, afin de déterminer par auto-conditionnement la raison de cette impression. 

  Difficile de ne pas songer à FENÊTRE SUR COUR quand on le voit depuis son appartement traquer le moindre indice d’écart dans le quartier par rapport à la journée du meurtre dont on fête le premier anniversaire. Il entre en contact avec un nommé Knupp, vieillard tremblotant qui peu à peu lui envoie des photos prises le jour du crime (elles mettent Peter sur la piste d’un motocycliste) et lui apprend la teneur de son projet fou:veuf lui-même, il souhaite, sur la base de nombreuses photos en sa possession reconstituer à l’identique tous les éléments d’une journée (à l’intérieur comme à l’extérieur de sa maison): le onze octobre 1991. Son but étant de prouver la validité d’une thèse philosophique de Walter W. Kerbeler tenant pour inexistant le Temps. Il suffit selon lui de répéter une journée en tout point identique pour arriver à la démonstration de cette thèse.
  Peu à peu, Peter s’abandonnera à cette folie: il aidera le vieux Knupp en dilapidant son argent et en trompant son agence. Surprise:avec ce passe-temps tueur du Temps devenu obsédant, il découvrira l’assassin de sa femme.
   
  Si le lecteur est patient, s’il accepte qu’on lui raconte dans le plus infime détail tout (absolument tout-il ne manque pas une ampoule, pas un napperon) ce qu’il faut reconstituer dans cette journée de 1991 (à la fin, on se trouve dans les conditions d’un tournage de film:les voitures, les arbres, les lumières, les objets, tout doit être strictement semblable et le narrateur qui se révèle plus bernois que zurichois...ne vous épargne aucune mesure, aucun chiffre, aucune couleur), s’il se laisse prendre par ces Bouvard et Pécuchet peu drôles mais zurichois obnubilés par leur idée fixe (Peter jouant le jeu avec distance et irritation vers la fin), alors il faut admettre que la technique de narration est efficace, que les analepses concernant le couple sont habilement menées (la jalousie rétrospective pour un K inscrit dans l’agenda de Laura) et que le principe de superposition donne lieu à des passages très réussis:le roman allant lentement, lentement (le temps, le temps) d’un élément de décor ayant changé à une pièce manquante concernant un objet qui donne le titre d’un autre film d’Hitchcock …

    Un livre qui, soucieux de restituer une fascination morbide, joue sur vos nerfs, votre impatience, qui multiplie les retards, les délais, semble faire du surplace pour arriver à la répétition presque parfaite. En quelque sorte, le trop-plein troué d’un vide, d'un manque provisoires qui éclairent toute l’intrigue. Un roman dont le  rebondissement de la chute ne s'imposait peut-être pas.

 

Rossini, le 22 mai 2013

Partager cet article

Repost 0
Published by calmeblog - dans roman policier
commenter cet article

commentaires