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2 mai 2012 3 02 /05 /mai /2012 07:43


   
  Depuis plusieurs décennies nous pouvons lire des réflexions (venues d’écoles de pensée de plus en plus variées) et des propositions aiguës sur la lecture, sur son fonctionnement supposé, ses mécanismes patents ou secrets....
  Cette année, Frédérique Leichter-Flack avec Le laboratoire des cas de conscience nous offre une approche originale que définit bien son prologue et qu’illustrent parfaitement les cas qu’elle examine avec finesse, rigueur et avec un sens parfait de l’interrogation et de la progression questionnante. On admirera sa pratique du rebond au sein de transitions particulièrement efficaces.

 

  L’auteure nous confie qu’elle avait commencé sa réflexion à partir du CHOIX DE SOPHIE, roman un temps célèbre de W. Styron et qui, à ses yeux, n’avait rien d’exemplaire parce qu’il enfermait «tous, personnages, auteur et lecteurs, dans la souillure et la complicité avec le mal.» Styron nous aurait fait seulement subir la «sidération de la Gorgone», «le flirt avec l’abîme». Elle a préféré nous soumettre des cas qui, selon son vœu, ouvrent le débat éthique et desserrent l’emprise du mal. C'est déjà une prise de position (excluante, il est vrai) sur la littérature.

 

  Quelle est la nature exacte de son projet?

 

      «Cet essai se propose avant tout comme une nouvelle tentative pour remettre les ressources de la littérature à la disposition du temps présent.(...) Car la littérature porte en elle une formidable réserve de sens que le raisonnement théorique ne peut combler. Elle apprend à faire avec l’émotion, à ne pas croire qu’en matière de justice les idées peuvent suffire. Elle empêche d’en rester à des réponses trop tranchées, oblige sans cesse à déplacer le regard, invite l’inquiétude et le doute à la table du décideur. Ce n’est pas le moindre de ses mérites. » (j'ai souligné)


  Il s’agit donc pour elle de montrer la puissance de la fiction (le roman, la nouvelle, parfois le cinéma) qui au contraire, par exemple, de l’apologue d’une histoire du Talmud offre des détails, un contexte. Elle souhaite nous pousser à regarder de près des questions éthiques et juridiques à la lumière de grandes œuvres. Une précision s'impose: "la question éthique s'invite en effet sur tous les terrains, des enjeux de justice sociale aux nouveaux modèles familiaux et sociétaux, de la bioéthique aux relations internationales, en passant par la lutte contre les discriminations."
  Sa philosophie pratique repose sur une conviction avancée dans son Prologue:

    «Il est impossible de penser le monde autrement que comme le terrain de l'action humaine, le lieu de l'engagement. Tout est choix, décision, arbitrage. Tout nous ramène, sans cesse, à la question «qu'est-il juste de faire? ».

 

  Elle précise alors son but : «C'est justement là qu'intervient la littérature en contribuant à l'élaboration d'un modèle de raisonnement moral ancré dans un contexte spécifique, mais pertinent au-delà de lui, l'imagination narrative qu'elle cultive est, selon les termes de Martha Nussbaum, une véritable «école de la réflexion morale». C'est aussi, comme l'a rappelé la philosophe américaine, ce qui fait de l'enseignement des humanités un irremplaçable moyen de former des citoyens actifs et engagés dans les affaires publiques.»

  F. Leichter-Flack veut contibuer à la formation du citoyen qui se trouve «au cœur de nos débats de société». Sans trop brûler les étapes et pour seulement fixer tôt les idées, disons qu’on lit à la fin du volume une étude fondée sur l’analogie que notre auteure décèle entre Gregor Samsa et la question de l’euthanasie d’un être plongé dans un coma végétatif et dont on ne sait exactement s’il entend ce que dit l’entourage.
   Le titre de l’ouvrage s'explique aisément: F. Leichter-Flack préfère recourir à la littérature qu’elle considère comme un lieu d’élaboration sensible plutôt que de passer en revue les fameux cas d’école qui sempiternellement ornent les cours d’amphithéâtre ou les manuels. Elle souhaite plonger les citoyens que nous sommes dans des cas complexes qui échappent à l’abstraction théorique. La littérature étant, selon elle, le refuge de la complexité du monde.
 
   
    On l’aura compris : la littérarité (affreux mot, c’est entendu) n’est pas son souci. F. Leichter-Flack considère la littérature comme "une réserve de sens", un vivier de «cas» qui dérangent, laissent perplexe, interrogent:  elle est pour elle une sorte de passerelle permettant de penser les cas problématiques de notre présent. Il convient de lire, de beaucoup lire mais « en réalité, l’important est moins de savoir résoudre ces dilemmes de fiction que d'en comprendre la signification, d'en démêler les différents fils, d'en apprivoiser le tragique - afin d'être capable de repérer, dans les rencontres de l'existence, ce qui demande intervention, exige un choix ou engage une responsabilité.» (j'ai souligné)

  Quels sont alors les éléments de cette puissante et féconde réserve dans laquelle il sera puisé?
  À partir de romans (Billy Budd, Les Misérables, Quatre-vingt-treize, Crime et Châtiment, Les Frères Karamazov), de nouvelles (Le Manteau, Dans la colonie pénitentiaire, Bartleby, La Métamorphose, Le Prisonnier, L’Hôte)) ou de pièces (Antigone, Les Justes), de films (Il faut sauver le soldat Ryan, Démineurs), de livres de la Bible (Caïn, Livre de Job, Le jugement de Salomon), elle offre tout un corpus de cas, chacun étant clairement et précisément analysé.

  Quels cas sont-ils pris en compte?
  Ses directions d’étude sont parfaitement ordonnées en trois grandes parties (I.Juger. L’injustice en appel puis II. Choisir. Les dilemmes de l’engagement enfin III. Intervenir. La responsabilité de protéger), elles-mêmes subdivisées autour de cas plus précis. Ainsi, pour nous limiter à elle, la première partie commente les problèmes que pose le cas de Billy Budd chez Melville pour ensuite se pencher sur le «fait divers» proposé par Gogol avec LE MANTEAU d’Aka Akakievitch. Le dernier examen de cette partie est consacré à l’arbitrage de droits égaux et fait une large part au jugement de Salomon sans oublier de rappeler les problèmes plus contemporains qui naissent par exemple des mères porteuses....

  Dans ce livre qui vient à la littérature pour mieux former le citoyen, F.Leichter-Flack nous invite à considérer avec rigueur bien des sujets et à épouser bien des positions: nous sommes tour à tour procureur, avocat, juge, juré (elle écrit à propos du héros de Gogol: "endossons le rôle de légiste") et nos options provisoirement assurées sont  battues en brêche avec talent.  On ne peut qu'admirer les incontestables qualités d’exposé de ce livre. Les étapes des raisonnements sont toujours marquées avec clarté et profondeur. Et il faut lui être reconnaissant de faire aussi grand cas de la littérature.

 

 

 

  Pourtant dans le même temps qu’elle veut permettre au lecteur d'échapper au droit, du moins à ses débats trop théoriques, il nous semble qu'elle opère un mouvement inverse : pressée de franchir la passerelle pour se précipiter vers la question d’actualité - au nom d’un universel - elle décharne la littérature en la ramenant à une question, un dilemme, en en faisant l’objet d’un débat ou même d'un procès.


        Prenons à notre tour un cas assez exemplaire de la méthode de lecture de F. Leichter-Flack: BARTELBY THE SCRIVENER, célèbre et vertigineuse nouvelle de Melville, depuis longtemps tellement commentée- par les philosophes principalement(1).
  Elle propose son cadre d’étude, celui d’un moment de crise de la solidarité institutionnelle: «Qu’est-ce qu’une société solidaire?» et «la solidarité est-elle un devoir sans être un élan du cœur»? Doit-elle être prise en charge par l’Etat ou par les citoyens ou par les deux conjointement? Quelle est la place «du réflexe du cœur»?

   Gardons en mémoire ce cadre d’interrogation et surtout ses deux dernières questions: «Suffit-il de la [solidarité] mettre en place par des dispositifs coercitifs, ou ne vaut-elle que par l'empathie qui  se révèle en elle? Peut-elle s'institutionnaliser, ou n'existe-t-elle que sous forme de fraternité agissante?» Il nous faudra examiner le rapport de ces lignes judicieuses avec la nouvelle de Melville telle qu'elle est cernée dans LE LABORATOIRE DES CAS DE CONSCIENCE.


    Dans un premier temps, Leichter-Flack s’attarde sur la parabole du bon Samaritain: elle écarte les interprétations allégoriques (ce qui prouve que la question du genre ne l’intéresse pas ou, plutôt, qu’elle ne lui semble pas pertinente) pour s’attacher à l’ambition d’exemplarité tout en se demandant si on peut aller plus loin dans l’idée d’assistance. La morale évangélique n’est pas injonctive et c’est ce qui lui paraît devoir être complété (2).

  On nous permettra une remarque préliminaire. Il y a chez Leichter-Flack un optimisme juridique patent qui lui fait tout évaluer en terme de progrès: dans ces conditions que reproche-t-elle à l’apologue ?

    «Mais cette miséricorde [celle du bon Samaritain] devient-elle alors une injonction? Peut-on, comme certains juristes et historiens du droit, fonder sur cette exemplarité une obligation non seulement morale, mais aussi juridique, d'assistance à personne en danger? Faut-il, réciproquement, considérer comme passible de sanction l'attitude des deux premiers voyageurs qui se détournent du blessé? Donner le bon comportement en exemple sans le rendre exigible de chacun laisse dans une zone d'ombre, non couverte par les normativités morale et juridique, tous les comportements qui ne se conformeraient pas exactement à ce modèle idéal. Entre la non-obligation et l'exemplarité s'ouvre l'espace de la honte, de la mauvaise conscience et de la culpabilité pour tous ceux qui pour une raison ou une autre, passent leur chemin.»
    Peut-on croire que la justice rendue laisse toujours parfaitement heureux, que la norme juridique nous épargne la gêne ou la honte, qu’elle élimine à tout coup la mauvaise conscience?


    Revenons à l’analyse : F. Leichter-Flack considère que la parabole évangélique escamote par inachèvement le problème essentiel qu’elle pense trouver mieux pris en compte dans BARTLEBY le scribe (pour finir par dire que les deux cas n’ont rien à voir (p186)). A ses yeux, la nouvelle de Melville donne un contexte, inscrit la question dans une durée (plusieurs mois) et rend bien tous les aspects d’une incontestable complexité.
   Après avoir résumé la nouvelle elle conclut de façon provisoire :    
«Tout cela, bien sûr, finit mal: Bartleby se laisse mourir en prison, et de cette mort, son ancien patron se sent sans doute coupable. Toute la nouvelle est imprégnée de cette culpabilité implicite avec laquelle le narrateur se débat. Le projet littéraire tout entier ne tient même que sur cette mauvaise conscience impossible à résorber. Sans elle, il n'y aurait pas d'histoire de Bartleby, pas d'affaire Bartleby: le scribe à moitié fou se serait perdu dans la masse des naufragés anonymes de Wall Street. Il n'y a d'affaire Bartleby que parce que quelqu'un s'en fait un problème et a besoin de témoins  et d'arbitres - nous, ses lecteurs - pour le régler.» (J’ai souligné)

    On peut contester cette réduction de la nouvelle (son «projet littéraire») et surtout s’étonner qu’on puisse pour une fois prendre cette fiction pour de la " vraie vie" qui en remontre à la parabole (p.177) mais notre commentatrice non seulement demande de façon  curieuse («Jusqu’où pouvait-on attendre de lui qu’il se mette en péril pour Bartleby?") mais va jusqu’à soupçonner l’avocat-narrateur «pétri de culture biblique» de nous manipuler : il a droit lui aussi à son procès. Le procès d’un être de fiction. 

 

 
  «En racontant toute son histoire de telle sorte que  nous nous posions la question en ces termes, l'avocat prête le flanc au soupçon le plus grave: celui de nous manipuler pour s'acheter une bonne conscience. Plus il argumentera pour prouver qu'il a fait de son mieux, plus on le soupçonnera de chercher à se disculper, d'insister sur les difficultés de la situation pour justifier sa lâcheté. Il n'existe pas d'autre accès à l'histoire de Bartleby que celui qu'en offre le narrateur. Mais est-il fiable? N'est-il pas trop concerné par le jugement que nous ne manquerons pas d'en tirer pour pouvoir l'être ? L'avocat est enfermé dans une impasse qui accentue encore sa culpabilité et son malaise: plus il met en avant sa haute valeur morale, plus on en doute. Plus il cherche à convaincre qu'il a fait tout ce qu'il pouvait, plus on trouve cela insuffisant. Son èthos de notable, sur lequel il insiste tant, lui nuit précisément parce qu’il  lui sert.»(J'ai souligné)

    Voilà une aggravation de son cas : l’avocat est mis en procès parce qu’il est avocat et on suppose que Melville a inventé ce personnage pour nous mener sur cette voie! Le nouveau propriétaire à «l’humeur énergique et expéditive» qui fait mettre aux Tombes (prison) Bartleby, un DRH sans scrupule ou un "coach" moderne et pourquoi pas nietzschéen auraient-ils droit a autant de soupçons et de reproches? Notre lectrice a plus d'indulgence pour le commissaire et le grand personnage dans LE MANTEAU de Gogol.

   «La situation, telle qu'il la décrit, semble une question de vie ou de mort. Comment démêler le vrai du faux, quand l'homme qui raconte son histoire est un avocat, qui argumente comme il respire? En présentant sa fuite, comme un réflexe de survie, que fait-il d'autre sinon revendiquer le droit de couper la corde qui le lie au boulet humain qui l'entraîne vers le fond? Légitime défense contre non-assistance à personne en danger: sous la plume de l'avocat, le dilemme moral devient une bataille juridique. Dans ces conditions, qui irait lui reprocher de n'être pas mort pour Bartleby?»(J'ai souligné)

    Le débat serait faussé par le narrateur. Cet avocat plaiderait et détournerait le véritable enjeu : heureusement, le procureur veille et perce à jour ses vilaines intentions.

    Notre procureur(e) remarque à juste titre que la pression sociale a un grand effet sur l’avocat: mais n’oublie-t-elle pas ses propres questions initiales?

    Il y a plus. Selon F. Leichter-Flack, la culpabilité et la stratégie de déculpabilisation ne seraient pas tout. Le narrateur-avocat mettrait en cause l’impasse de la pitié mais de façon malhabile. Il tenterait «maladroitement, de théoriser le renoncement à la pitié». Car il y aurait de l’incommunicable dans le malheur extrême (on peut se demander tout de même si la nouvelle de Melville ne nous en approche pas un peu...).
    La pitié butterait sur une limite et un paradoxe, voire une aporie. Le pitoyable exige une aide que la pitié ne peut assumer jusqu’au bout, jusqu’au sacrifice (encore qu’une fiction puisse le raconter, pourquoi pas?):

  «Celui qui mérite le plus la pitié, c'est en somme celui pour lequel on ne peut rien, celui pour lequel personne ne peut rien, celui qui est trop fou, trop malheureux, trop perdu pour être aidé, celui qui est déjà au-delà de toute aide humaine possible...» 

    Le narrateur-avocat comprend qu’il a (eu) un lien avec un spectre, un incube comme il dit mais il s’aperçoit qu’il existe une asymetrie entre eux deux : le scribe «ingrat» qui ne copie plus depuis longtemps demande, en apparence toujours plus contre rien. En réalité la nouvelle dit plutôt : son espace lui convient, il ne préfère rien d'autre. Lui suffisent un paravent vert, un pupitre, une fenêtre latérale à partir de laquelle il contemple un mur. Pour F. Leichter-Flack aucun échange n’a lieu, apparemment: «il coupe court à tout rapport interpersonnel" mais est-ce si sûr, même pour elle qui dit un peu le contraire par après?

    En effet elle reconsidère la question qui était posée à l’avocat pourtant clairement accusé de mauvaise conscience, de mauvaise foi: «Comment aider un prochain qui ne veut ni ne peut l’être?». La reformulation peut être aussi entendue, dans des termes que nous ne ferions pas nôtres: «Que faire de ces «in-insérables» que leur folie même rend indéfendables, de ces inadaptés que leur détresse même condamne au rebut?»  Elle nous rapproche de sa réponse (politique).

    En même temps et contradictoirement, comme elle entendait de la culpabilité chez cet avocat, F.Leichter-Flack devine une affirmation dans le comportement de Bartleby jugé plutôt comme insane:
    «Quand, en désespoir de cause, son ancien patron lui propose, pour lui éviter l'emprisonnement, de l'héberger à son domicile en attendant de trouver une solution qui lui convienne, Bartleby refuse et préfère rester dans la cage d'escalier, où sa présence exaspère tous les habitants de l'immeuble: c’est dans le domaine public qu’il entend maintenir son problème.»(j'ai souligné)
      Est-ce si sûr? Qui peut le dire? En tout cas notre lectrice croit pouvoir traduire la protestation et l’interprèter dans ses intentions. Il y a donc de l'interpersonnel. Mais elle finit par admettre qu’il y a un défi qu’elle semblait oublier en soupçonnant l’avocat des plus vilaines arrière-pensées. Après avoir demandé  «aurait-on pu, et dû, le sauver malgré lui?» elle nous ramène au temps présent : «Chaque hiver, le débat resurgit à propos des SDF qui refusent d’être emmenés dans les précaires abris d'urgence, malgré le froid qui risque de les tuer: peut-on les y forcer?». Elle conclut presque : «Comment s'empêcher de penser, alors, que c'est peut-être pour de mauvaises raisons que l'on voudrait les y contraindre?»

    Ainsi après avoir soupçonné le narrateur d’une fiction et dégagé des questions contemporaines proches, l’auteure a jeté le soupçon sur les mauvaises raisons de ceux qui voudraient contraindre, par exemple tel SDF: mais  le choix est-il entre mauvaise conscience et inaction? L’indifférence pure existe-t-elle? Est-elle jamais sans conscience? Quelle est son économie?
 
    On comprend bien l’angle de réflexion de Leichter-Flack qui veut à tout prix délaisser ou dépasser la solution éthique et qui, au moment de conclure, s’en remet de façon programmatique mais aussi vague qu’ambitieuse, à la politique. « A la politique de l’inventer». Tels sont les derniers mots de son étude.

   Immanquablement d’autres questions se posent alors: de quelle politique s’agit-il? Y a-t-il une politique? La politique peut-elle répondre à cette question de Leichter-Flack: « Jusqu'où pouvait-on attendre de lui qu'il se mette en péril pour Bartleby?  Que peut-on demander à quelqu’un de donner de soi pour un prochain qui ne lui est rien, ni un parent, ni un ami, rien d'autre qu'un «lointain» que seul le hasard a placé sur son chemin?»  Sans laisser pour compte cette autre question fondamentale :"Une aide engage-t-elle pour toujours?"


   La politique est-elle une lessiveuse de la mauvaise conscience? Y aurait-il une politique sans mauvaise conscience? La politique peut-elle tenir lieu d’ange gardien comme F. Leichter-Flack le suggère précédemment? Force est de constater que les questions du début de l’article demeurent. D’ailleurs, sur un autre cas, celui du héros de Gogol, Akaki Akakiévitch n’avance-t-elle pas que le «scandale de l’injustice demeure criant, impossible à résorber»?

   Qu’on ne se méprenne pas : même si on peut s’étonner de lire que « la littérature fausse le jeu: en exposant la volonté maligne et jubilatoire d’un écrivain qui s’amuse à exercer sa cruauté sur des cobayes de papier»(j'ai souligné), le livre de F.Leichter-Flack est comme on le voit un puissant appel à la réflexion et c’est un autre de ses grands mérites que de se tourner vers la littérature quand tout prouve que son enseignement et son audience reculent.

 

   Sans rien détourner faisons toujours le détour par la fiction en sachant que son secret est de dépasser de beaucoup tous les attendus de toutes les sociétés.


  Rossini

 

 

  NOTES

(1) On peut lire L'EFFET BARTLEBY (Philosophes lecteurs) de Gisèle Berkman chez Hermann. Nous le commenterons.

 

(2) On peut contester ce mot : un haïku a-t-il jamais eu l’ambition de rivaliser avec  Hamlet ou avec Guerre et paix ?  Ne pas tout dire c'est dire autrement, c'est en appeler autrement à d'autres réflexions. 

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Published by calmeblog - dans critique
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