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9 juin 2013 7 09 /06 /juin /2013 05:11

           "Je me demande comment les poètes savent qu'ils ont terminé. Ou les peintres. Comment savent-ils qu'il est temps d'arrêter? Ça me dépasse."

                Mary-Lou, dans  HUIT MILLIONS DE FAÇONS DE MOURIR (1982).

 

 

 

            Écrivain fécond, LAWRENCE BLOCK est également un serial writer. Ses héros récurrents sont tantôt Bernie Rhodenbarr, tantôt Chip Harrison ou, dans l’espionnage, Evan Tanner. Mais le plus connu est Matthew Scudder dont nous lisons le cinquième volume des aventures, HUIT MILLIONS DE FAÇON DE MOURIR (1982).

 

     Matt raconte lui-même son aventure:ancien policier démissionnaire pour avoir tué accidentellement une petite fille lors d’une fusillade, il rend des services sans être à proprement parler un privé. Divorcé d’Anita, il vit en solitaire. Il est cette fois-ci sollicité par une jeune et belle call girl (Kim) qui veut décrocher de son “métier” mais qui, craignant la réaction de son souteneur Chance lui demande d’intervenir auprès de lui pour (contre quelques centaines de dollars) arrondir les angles:aucun problème du côté du mac mais, très vite, elle meurt dans d’affreuses conditions…. Matt fera plus intimement connaissance avec ce Chance distingué et esthète qui le payera à son tour pour découvrir l’assassin et ses mobiles. Il partira de presque rien dans son enquête et profitera de l’aide du policier Joe Durkin et d’un intermédiaire bien utile, Danny Boy. Il frôlera même la mort.

  Nous suivons le récit circonstancié de cette longue et lente enquête. La journée-type de Matt? Le lever, la douche, le rasage; le petit déjeuner avec la  lecture attentive dans le POST des derniers  crimes dans New York (qui possède alors huit millions d’habitants, ce qui explique le titre du roman); ensuite, errance dans certains quartiers, déjeuner (Matt mange beaucoup) et va sans arrêt aux A(alcooliques) A(nonymes) qui tiennent des réunions à toutes les heures du jour et à tous les coins de rue. Sans prendre la parole à ces rencontres (supposées) conditionnantes et libératrices, il écoute sagement d'indigestes (imbuvables plutôt) confessions normatives mais s’agace souvent de l’enthousiasme de commande des repentis. Son autre fréquentation assidue, un corollaire, les bars où il se lance des défis de résistance:tiendra-t-il huit jours? Plus? Vous connaîtrez parfaitement tous les cafés et boîtes de certains quartiers et toutes les bonnes marques de bourbon et whisky. Vous n’aurez pas la patience de compter le nombre de cafés qu’il absorbe. Avec lui vous fréquenterez aussi des call girls de haut vol (l’une est poète):dans ce livre, tout de même, on cite Yeats, Heine, T.S. Eliot, Maupassant, Sylvia Plath et Anne Sexton. Sans oublier Emerson, évidemment, en plein New York.


  Et l’enquête qui lui tient lieu d’échappatoire, d’alcool de substitution? Entêté, grattant force notes dans son carnet, Matt, peu à peu, sur la base d’indices minçolets, avec l’aide de la poétesse et de son commanditaire-protecteur Chance, le collectionneur d’art africain (un beau personnage, un autre solitaire forcené), en jouant avec des lettres et des noms (vert, verres), parviendra à une hypothèse et proposera une induction aussi torturée et rapide que sa déambulation new yorkaise fut nonchalante et fréquentes ses visites des églises pour troncs des pauvres qu'il veut aider quand il a de quoi dans ses poches....
Mélancolique, méthodique, Matt prend son temps, ne nous épargne rien de ses menus ni de ses Coca-Cola et nous balade dans sa ville  en nous lançant dans de fausses pistes et de vrais portraits d’êtres minés à force d’être minables.

Huit millions de morts en sursis:ce n’était pas encore l'heure de Matt Scudder.  Cette fois-ci, il a tenu onze jours sans alcool.


“- Formidable Matt !”


 Il en pleurera. Sa façon d'être engagé dans l’humanité?

 

 

 

Rossini, le 9 juin 2013

 

 

 

 

 

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Published by calmeblog - dans roman policier
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