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14 mars 2013 4 14 /03 /mars /2013 04:58

 

  "Vous comprenez bien que c'est du théâtre en solitaire, et je ne veux pas vous ennuyer. Alors, est-ce que je continue?"
                 L'HOMME-BOÎTE (Page189)

 

                                                                              


 

  Un roman-boîte étouffant, écrasant, avec peu de fenêtres ouvertes sur l'extérieur. L'un des grands romans de l'enfermement halluciné et de la désintégration. Qui s'achève dans un curieux labyrinthe. Avant l'arrivée de l'ambulance...

 

Un roman qui va de boîte en boîte. De la boîte en carton à une clinique claquemurée. À moins qu'on n'ait jamais quitté une cellule....

 

Un homme-boîte.


Qu'est-ce qu'un homme-boîte? Un homme qui vit tout le temps dans un carton au milieu d'une ville, de préférence une grande ville sinon les petites ne laissent place qu'à la guerre entre les hommes-boîte.

 

L'homme-boîte se distingue volontairement d'un vagabond et d'un clochard et pour le devenir il faut une vraie science du matériau, de la taille, des ouvertures du carton et une lente adaptation à ce mode de vie qui, au début, vous donne la nausée et vous fait perdre le sens de l'orientation. L'organisation est nécessaire avec un réel sens du placement des objets indispensables, une grande sagacité dans la recherche de la nourriture pour éviter certaines odeurs vite repoussantes.

 Sa vie n'est pas de tout repos : il y a des voisins qui vous tirent dessus à la carabine à air comprimé et qui rêvent eux aussi de devenir homme-boîte. Il y a surtout les mendiants chamarrés, les plus détestables.


   Ce roman, jusqu'à sa fin, est un guide de savoir-vivre dans une boîte.


Un roman tortueux et passablement tordu. Faussement policier,  traitant aussi bien du crédit, de son expansion dangereuse que de l'empoisonnement par la drogue, par les informations... Un roman du faux qui multiplie les boîtes, leur concaténation.

 

  Roman-boîte

 

 Vous entrez dans un monde où très vite vous ne savez plus qui est qui, qui est vrai, qui est faux, qui est le double de l'autre-s'il y a un autre. Le vrai homme-boîte est-il l'invention du faux ou est-il vraiment l'homme-boîte qui s'invente un faux homme-boîte, lui même assassin d'un autre?

 

Dans ce récit, tout va par trois. Le jeu des places compte plus que les personnes.

 

Au plan narratif vous êtes chez Escher. Selon l'angle de lecture vous ne savez pas ce qui se joue, se raconte. Qui écrit je? Tu? Qui écrit? Qui est voyeur? Qui est vu? Le voyeur vu est-il encore voyeur? Qui raconte? Le vrai homme-boîte est-il possesseur du vrai texte de celui qu'il appelait le faux homme-boîte? S'agit-il d'un rêve, d'un rêve de rêve? Que vient faire soudain l'homme-boîte inconnu se prenant pour un cheval le jour des fiançailles de l'homme-boîte principal? Est-il son vrai père? 

 

 

Une histoire de boîtes.

 

Comme celle d'un appareil photo, évidemment: l'un des personnages (ou le seul- âgé officiellement de 29 ans mais plus exactement de 33/34 ans, conscient de sa laideur) a été photographe (le roman propose quelques noirs et blancs) et sa vie dans la boîte devenue œil renvoie au voyeurisme: il a une préférence marquée pour les jambes de femmes. Celles de Yoko en particulier, le modèle pour peintre qui joue les infirmières. Un grand roman de l'œil, de la pudeur, du rituel exhibitionniste et voyeuriste. Une belle méditation sur la nudité de la nudité.

 

Le corps-boîte.

 

  Un grand roman aussi sur la peau, la saleté, sur la peau après trois ans de croutes, sur le carton-peau, sur les pores-œil, sur le déclin d'un corps (celui du docteur ne survivant qu'avec de la drogue qui en même temps le tue) avec comme décor une boîte de morgue où a lieu la mise à mort du double qui raconte sa propre disparition.... Une boîte qui contient tout un bestiaire halluciné avant l'ouverture de la boîte du cerceuil.

 

 

  La boîte cranienne

 

  C'est le roman d'un cerveau. De l'intérieur de la boîte-cerveau. Au commencement (mais bien fort sera celui qui sait quand tout a commencé et s'il y eut même un commencement: la temporalité est chahutée comme rarement-un poème presque final le montre bien-et, en réalité, nous remontons aux débuts prometteurs du jeune voyeur nommé Chopin par son père-cheval (1)), il y avait un médecin major qui, drogué pour supporter sa maladie, laissa son nom, son identité à un suppléant et qui, devant cette perte se transforma en homme-boîte avant de se suicider lentement à force de drogue. L'"assassin" ami est lui-même devenu faux docteur talentueux et homme-boîte aux pieds de la jeune infirmière Yoko qui s'exhibe dans une mise en scène qui implique un tiers, voyeur de voyeur grâce au jeu habile d'un retroviseur et des tractations financières.... 

  Le faux docteur (bien que compétent) serait le faux homme-boîte selon le narrateur initial...dont vous lisez une sorte de journal sans date auquel il tient beaucoup et qu'il veut qu'on lise s'il lui arrive quelque chose...(mais à bien des tournants du récit,on l'a compris, la question qui écrit ? se pose....)

 


 C'est bien le roman de l'enfermement, de l'étrécissement avec une étrange aventure amoureuse (corps à corps) aux côtés de la jeune femme dans l'hôpital fermé dans toutes ses issues.

 

  Un roman qui, comme bien peu, ouvre la boîte noire de l'homme.

 

 

Rossini, le 16 mars 2013


 

NOTE

 

(1)Il faut tout de même penser qu'au commencement est un amour déçu.

 


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Published by calmeblog - dans roman
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