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19 décembre 2011 1 19 /12 /décembre /2011 16:20






    Il y a plus de "miraculeuses" rencontres dans la vie du jeune écrivain polonais Hubert Klimko que de consonnes dans tout Hamlet. Et pourtant dans ce roman autobiographique H.Klimko va, comme son titre le dit, à l’essentiel et rapidement. En 120 pages, une quarante d’années : de sa venue au monde à la mort de son psy viennois...Un record.

 

      Klimko remonte aux toutes premières choses :  il nous donne de sa naissance trois versions rêvées qui ont la vérité crue du rêve et du cauchemar et qui visiblement n’ont pas retenu le docteur Gruber dans son envol mortel....À pas de géant, nous faisons connaissance avec son enfance d’enfant unique (cet enfant unique qu’il lui fallut tuer en lui-même), avec ces dix ans (deux versions sont possibles, celle du jour ouvrable, celle du dimanche), avec sa première communion dans un endroit où il ne fait pas bon être sacristain.
    On l’a compris : H.Klimko écrit comme on glisse un doigt sur une vitre d’iphone. Et pour qu’on le lise comme on regarde un film en 3D: en voyant venir sur nous, pour nous frapper, nous surprendre, vous donner des hauts le cœur, nous émouvoir, une tête, une passion, une idée fixe, une odeur qui empeste (l'odorat, le sens des premières choses chez Klimko, de toute évidence) au détriment parfois de l'arrière-plan qui semble sans épaisseur.

 

 

      Peu de descriptions (à peine le cabinet du psy, pas même sa sublime moto allemande Simson) ou alors vraiment passe-partout, de très rares portraits physiques (certains personnages sont Elle ou LUI), aucune recherche de style (les métaphores tarabiscotées sont laissées en plant), nulle psychologie des profondeurs, des "caractères" taillés à la serpe (cette grand-mère rêva toute sa vie de devenir actrice, la tante est «une bombe sexuelle locale», c’est dit, l’oncle Lutek, infortuné mari de la précédente a trois passions (les cartes,les sapeurs-pompiers et la gelée de framboise)), des remarques volontairement plates, aucune analyse sophistiquée, peu de sentiments déclarés (le père était du genre fuyant, absent - voilà pour info)..surtout aucun misérabilisme sur une enfance pauvre dans un coin assez perdu. La richesse n’est pas là.
    Il caracole dans son passé, prend en stop le familier exotique, le farfelu, le troublant, le tordu, le bizarre, l’invérifiable (certains marins préfèrent les raies au sexe féminin) : non pour épater ou pour en imposer mais pour célébrer la folle inventivité du monde des vivants que ne perçoivent pas les victimes d’une rationalité pervertie. Emporté par la poussée avide du vif, il juxtapose des bouts de mémoire et ne cherche pas à recoudre le décousu. Il ajoute des éclats des vies comme d’autres collectionnent des objets morts. Il est sourcier des hasards féconds.

 

 

     Ce cabinet des curiosités euphorisantes, cette parade menée au galop que nous offrent-ils donc ? Des faits (une première érection dans un musée;un pommier sous lequel on a enterré un enfant devient soudain abondant: on crée une coopérative puis on se dit que la femme inféconde ne le sera plus : de fait, les enfants naissent enfin...; abandonné sur une place, Klimko reçoit les aumônes destinées au mendiant en faction); des actes (une perquisition des Allemands chez les grands-parents, une tentative de viol par un soldat de l’Armée rouge supposée libératrice, un suicide dans un bain de framboises...); des gestes (son oncle le vêt avec un costume gagné au poker et qui appartenait à un mort...;une femme qui après l’avoir hébergé lui glisse des marks au fond de son sac de roadeur), des instants pris au vol (le conducteur de Fiat polonaise ravi de passer les 100 et qui semble au bord de la folie extatique).Tout arrive. Tout est de l’ordre du surprenant.

    Klimko ne commente pas: il effleure l’Histoire (un sentiment de l’honneur passe dans la famille sans qu’on nous le précise); son propre cas d’auteur escroqué par son éditeur suffit à expliquer en quelques lignes la corruption d’État des pays socialistes et ex-socialistes; la fin des frontières de Schengen recouvre bien d’autres symboles; en venant vivre à Vienne, il devine chez un voisin un relent d’antisémitisme. La mobilité ne le rend pas aveugle.

 

   Pourtant c’est la générosité (de certains parents, d'anonymes rencontrés, d'employeurs anglais qui trichent avec la sécu ...) qui frappe dans cette course haletante: sans jamais tomber dans le sentimentalisme, mais sans s’interdire l’émotion (on pense à la bouteille pleine de sable), Klimko nous rend ce qui lui a été offert sans parcimonie. Nous avons envie de sauter dans son sillage pour connaître ces êtres pétris de bonté comme cet inoubliable Japonais Hiroshi.

    Klimko est l’écrivain qui aimante les cas, le paratonnerre qui attire toutes les foudres et tous les fous ; il est l’homme des faits rares, gros de mystère et d’humanité où se croisent en une dense et intense présence aspirante, l’impensable, le plausible et l'infiniment  vrai du cœur.

 

   Rossini

 


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Published by calmeblog - dans autobiographie
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