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1 septembre 2012 6 01 /09 /septembre /2012 06:19


           Irvin Yalom est un écrivain célèbre et populaire qui a réussi à raconter de façon romanesque certains aspects des vies de quelques grands penseurs (Nietzsche, Schopenhauer). Dans son dernier livre, LE PROBLÈME SPINOZA, il s’attaque à un des êtres les plus exceptionnels de l'humanité. À qui peut bien s’adresser ce roman fondé sur les récits parallèles des vies du génial Spinoza et d’Alfred Rosenberg qui fut un des grands idéologues du nazisme et qui semble avoir été fasciné par le rédacteur de l’ÉTHIQUE?

    Le spécialiste de Spinoza y verra beaucoup de fiction, de simplification et trop peu de pensée. Tous les Kershaw de la terre, tous les spécialistes de l’époque et de Rosenberg relèveront les lacunes, les facilités et les inventions reconnues par Yalom lui-même en fin de volume.
    Le béotien dans les deux domaines apprendra certainement un peu ou beaucoup dans ces assez pesantes mises en scènes et en dialogues (souvent peu vraisemblables comme le reconnaîtrait le conteur) de pensées ou de «réflexions» (ce que Yalom nomme "roman d'idées"), de destins si incommensurablement différents même si Yalom se refuse au réalisme ou au naturalisme pour ne garder comme cadres de référence que quelques effets de réel. Yalom est comme on le répète un conteur (avec les effets de loupe et d’ellipses que suppose ce choix générique) qui suit dans ces pages le cheminement d’une méditation sur le Mal et surtout sur l’exclusion, celle de la quasi-perfection qui veut (se) rendre libre et celle de l’enfermement aveugle dans la haine dont on peut échapper sinon par Spinoza du moins par Freud - Irvin Yalom suggérant un lien entre les deux penseurs (1).
    Son originalité n’est pas dans la tentative de reconstitution de la pensée quotidienne de Spinoza (elle manque de profondeur et rabaisse Bento en une version qui semble doublée comme on dit au cinéma) mais elle est dans le risque qu’il prend avec une composition alternée autour de deux êtres opposés comme rarement, l'un auteur d'un texte exceptionnel qui hantera pour le meilleur des siècles de pensée et l'autre responsable de textes abominables qui serviront au pire. Au lecteur de dire si le défi valait la peine d'être relevé ainsi.

 

    Il reste qu’une histoire avec Spinoza se doit d’être, d'une façon ou d'une autre, spinoziste. Peut-il y avoir une esthétique, un romanesque spinozistes? Tel ne fut pas le problème d'Irvin Yalom.     

   Qui sait? Le conteur a peut-être donné l'envie de s'y affronter à un lecteur qui n’entre dans aucune catégorie sinon celle de l’imprévisible nécessaire et à la place duquel il est vain de parler....

 

Rossini


    NOTE


(1) Comme il invente Franco auprès de Spinoza, Yalom introduit (un peu lourdement) Friedrich Pfister, jeune psychanalyste, disciple supposé de Karl Abraham qui cherche à aider le sphinx Rosenberg en pensant parfois à Spinoza....

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Published by calmeblog - dans roman
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commentaires

Nico 27/01/2013 22:41

Pour ma part j'ai tout aimé de ce roman. J'ai trouvé que l'auteur s'en était très bien tiré dans la façon dont il met en scène Spinoza. J'ai également aimé l'autre partie. Bref, une belle lecture
de mon point de vue!

Marie 23/07/2015 18:49

J'ai également aimé ce roman. Pour ne pas perdre le fil, j'ai d'abord lu la partie Qui se situe à Amsterdam et puis l'autre partie.mais bien sûr, je suis assez ignorante de la vie de Spinoza et mon avis vaut ce qu'il vaut. J'ai passé un agréable moment de lecture.

calmeblog 29/01/2013 04:28



Pas de problème. Votre lecture vaut tout autant que la mienne.


Merci.