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28 octobre 2012 7 28 /10 /octobre /2012 09:43



        Trois nouvelles (LE FAUSSAIRE, OBASUTÉ, PLEINE LUNE) du grand Inoué, rassemblées sous le titre de la première et de la plus longue. Pour qui ne connaîtrait que les célébrissimes MAÎTRE DE THÉ et LE FUSIL DE CHASSE, c’est vers un autre versant du talent du maître japonais que le convie ce petit recueil.



 On découvre un Inoué plus inscrit dans son temps (il est question, en arrière-plan, de la seconde guerre mondiale et d’une entreprise des années cinquante), méditant toujours sur la destinée cruelle et le karma (le faussaire ou Toyama dans PLEINE LUNE), toujours hanté par la séparation, par la recherche d’un absolu au risque de la déchéance, par l’instant éternel mais aussi un Inoué plus descriptif, plus narratif, plus explicatif et même satirique dans la dernière nouvelle (ascension et chute dans une grande entreprise). Un Inoué plus personnel aussi - si tant est que LE MAÎTRE DE THÉ, malgré le recul dans le temps, soit sans lien avec l'auteur....



     LE FAUSSAIRE, la nouvelle la plus longue, raconte un changement étonnant d’orientation d’un journaliste devenu écrivain qui doit rédiger une biographie d’un célèbre peintre, Onuki, mais qu’il n’arrive pas à finir par ennui et désintérêt : se forçant à enquêter pour honorer son contrat envers la famille du peintre, c’est vers un ami de ce dernier qu’il va se tourner avec de plus en plus de passion. Ce sera Hara Hosen, le faussaire qui vendit en quantité des faux Onuki Keigaku plus ou moins réussis. Le narrateur retrouvera sa dernière maison, isolée dans un lointain village, interrogera des témoins : la fin de cet homme abandonné par sa femme, vivotant à peine, perclus de rhumatisme, obsédé par les feux d’artifice (au point d’y perdre trois doigts) et, en particulier, par la production d'une couleur de chrysanthème explosant dans la nuit. Il nous restituera les grandes lignes biographiques de cet inconnu qui peu à peu le fascine : nous verrons qu’à sa mort la peinture n'aura pas complètement abandonné ce faussaire finalement attachant.
          Cette nouvelle très riche éclaire parfaitement l’art et la méditation d’Inoué :”une vision dans un éclair froid et brillant”, ce qu'on appelle instants d'éternité, une vie qui bascule (on se souvient du FUSIL DE CHASSE) en raison de la proximité d’un génie qu’on rêve d’égaler et qui vous détruit involontairement;une recherche de la couleur absolue d’une fleur de feu d’artifice explosant dans la nuit (qui effraie Asa sa femme et la femme du narrateur); une remise en cause finale du vrai et du faux.... Un homme qu'il est impossible de juger et dont la vie émeut peut-être plus que la vie d'un peintre consacré.….

    Le faussaire multipliait les œuvres du peintre Onuki; dans la nouvelle OBASUTÉ,  le narrateur (lui aussi journaliste au début de sa carrière) multiplie les variations sur une légende venue peut-être d’Inde mais trés ancrée dans le passé japonais:celle d’un lieu, célèbre pour son clair de lune, Obasuté où, selon tous les récits, l’on menait les vieux dont il fallait se débarrasser. Cette légende marqua profondément le narrateur qui au cours de sa vie la relut, chercha les haikus et wakas qui lui furent consacrés. Surtout : il entendit un jour sa propre mère dire qu’elle irait bien finir seule ses jours à Obasuté. Affirmation qui l'ébranla.
         OBASUTÉ offre une méditation finement tortueuse sur la séparation, la famille et ses contraintes, le désir d’indépendance (la sœur du narrateur a tout quitté elle aussi), sur la supposée beauté d’une Idée, sur les versions différentes d’un récit terrorisant et, surtout, sur l’infidélité du réel à la légende qui en dit pourtant beaucoup sur le narrateur....

    La dernière nouvelle PLEINE LUNE est satirique. On y voit rapidement ce qu’est la vie d’une entreprise, ses luttes d’influence, les succès provisoires de Kagebayashi qui devient invivable quand la réussite le favorise. On découvre aussi ses revers, ses infortunes, son déclin d’homme trompé par tous et qui se trompe sur lui-même en croyant à une histoire de base-ball sans fondement mais qui le console un tout petit moment.
    Surplombant toutes ces années, ces ascensions, ces chutes, ces déboires, ces illusions révélées, la lune de septembre ou octobre, éternelle, indifférente, éclaire crûment toutes les vanités.

 

 

         Un recueil qui élargit beaucoup notre connaissance d'Inoué et qui, sans hasard, met en avant le motif du faussaire, clé de son univers et de son apport à la pensée de la littérature.

 

 

  Rossini, le 28 octobre 2012.

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Published by calmeblog - dans nouvelles
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