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16 janvier 2013 3 16 /01 /janvier /2013 05:20

 

 


        ("Mon souvenir s’efface à mesure qu’il s’invente, tout entier acquis à la négation de ce qu’il surexpose.”) 

 

      “Je suis l'ancien, qui vient, vaincu d'avance. Un veau. Tout est écrit d’avance. Me voilà dans Bovary.”                               

                                              MADMAN BOVARY

 
    Depuis que le post-modernisme a cru inventer la réécriture et depuis que Guildenstern et Rosenkranz sont morts on voit s’activer de nombreux personnages de romans ou de pièces laissés injustement dans l’ombre  par leur auteur. Tôt ou tard (si ce n’est déjà fait) nous aurons le Quichotte vu par Sancho, Dulcinée ou Rossinante, Joseph K. pris en chasse par qui lui fait des signes au moment de son exécution. Pas de doute Ophélie rewritée en Benjy donnera sa version florale du royaume pourri. En attendant Mason et Dixon commentés par la bestiole de Vaucanson ou Cosette vendeuse chez IKÉA .
    Ici-là Claro semble aller dans cette direction avec MADMAN BOVARY. Vous aurez même droit à un Hippolyte revanchard qui épouse Emma et fait claudiquer Charbovary. Mais ce n’est qu’une toute petite partie de ce roman qui explose le genre, dégage avec allégresse la mode et donne même une version cinéma inédite.

  Un narrateur
          transgénique,”super-,extra-,hyper-composite”, transgénérique, doué d’ubiquité et de transchronie a assurément de graves problèmes avec une nommée Estée (ST) qui deviendra à l’occasion Estemma : quand il parle d’elle, le plus souvent c’est sur le ton d’un Schopenhauer écrivant pour la Noire de chez Gallimard, avec des accès d’un qui aurait tâté de la blanche (pas forcément de chez Gallimard). Son couple est dans la redite, il s’imite, se parodie. Pour s’en remettre ou s'en démettre, il décide de re-re-relire son livre de référence, MADAME BOVARY.

  Madman (c'est lui)
                                est fou du livre, timbré d’Emma. Madman e(s)t Madame.
Ce livre le rend fou et le lecteur embarqué, se demande lui-même si.... Virus lecteur, lecteur viral, le narrateur veut faire payer Estée en s’en prenant à Emma.
  Lecteur fou mais sûr, il a la bougeotte et nous passerons, sans Baedecker aussi bien par la caverne de Platon...que par Pont-L’Évêque.


  La célébrissime attaque du livre (le nouveau, la casquette, ridiculus sum etc.) est un seuil d'arçons sur lequel le lecteur va connaître de vertigineux sauts périlleux avec des variations inouïes sur le nouveau et l’ancien qui le traqueront jusqu’à la dernière phrase. Après le réveil de cette introduction, aucune chance pour que le lecteur se rendorme. La suite est de la même encre enivrante et énergisante. Le familier du livre tuteur s’y reconnaît mais les branches auxquelles il se raccroche sont franchement élastiques et font souvent catapultes. Il retrouve bien la visite aux Bertaux mais le mariage l’étonne un brin (Charles est comme vous aurez du mal à le reconnaître et la petite-bourgeoisie a quand même bien changé), les lectures du couvent passent au galop (c'est bien le moins), la Vaubyessard est malmenée, Ho(m)mais éternel à force de métempsycoses prend une dimension inattendue et que chacun, hélas, reconnaît en soi, les Comices (avec pom pom girls) sont ahurissants (le discours (qui occupe les chapitres 19 à 2 (c'est comme ça) devenu vente aux enchères est un des nombreux sommets de ce livre aux  pointes aiguës et variées comme les dents des Drus(1)), l’opération du pied bot met MASH à cent coudées.

Les capacités métamorphiques

 

                           du narrateur madman (c'est toi, c'est moi?) laissent pantois. Après avoir hésité à se contenter d’être dans la casquette de Charles, ce “tumulte chu”, il devient la fracture du Père Rouault (celui qui fait de son repas une scène) puis la reine des cravaches "entre sacs et muraille", se pucifie sous l’influence de Djali, passe dans le corps d’Emma aux vestiges parfois peu ragoûtants et à l’anachronisme malgré tout furieusement provincial. Il mêle Félicité et Saint Antoine, il se fait Homais après avoir chloroformé son propre moi..., que sais-je encore? C'est vrai, plus loin,  il est  Charles au chevet de l'arseniquée et, dans le tournage du film, il est la parole d'Estée en Emma à moins que ce ne soit l'inverse.


   Non content de jouer avec changements typographiques, chiffres, symétries, répétitions, inversions, ce furet nous permet de fréquenter l’auteur qui bosse dur dans son antre, fréquente LA courtisane Kuchuch-Hanem, nous pousse du côté de Félicité, se faufile du papier imprimé aux doigts de Gustave F. puis à son cœur, ou encore saute à pieds joints dans la centrale Flaubert.

 

  Vous l'avez compris: voilà un livre qui secoue comme un grand huit (88 devrait-on écrire). Ici-là voilà bien une lecture active, une méditaction en quelque sorte et certaines propositions sont lumineuses. L'universitaire perclus de diplômes qui s'ennuie à faire des graphes présentant l'unité et le charme de la casquette de Charbovary croit bon parfois de faire de l'humour dans ses notes en bas de page. Claro refuse l'ennui et ne veut surtout pas ennuyer son lecteur. Pris dans l'œuvre, il s'anime, s'agite, ajoute, retranche, multiplie, détourne, télescope, ampute, cisèle, tranche, remonte-démonte le temps, casse l'imagination mécanique, pratique la variation (le bot), décale, recale. La fulguration est son rythme et, comme l'original, ce livre mérite la relecture.

 

  Claro avait écrit avant MADMAN. Mais ce petit encore nouveau en passant par de l'ancien encore toujours NOUVEAU pouvait dès lors entrer chez les grands où son talent l'attendait déjà (2).             

 

 

 

 

  Rossini le 19 janvier 2013



NOTES

 

(1)Nous serions à l’étude ... Nous devrions recopier au moins une fois ce chef-d’œuvre. Ils s'y mettent.

(2) Bravo à la couverture de l'édition BABEL, Memories of tomorow (Julien Pacaud)

 


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Published by calmeblog - dans roman
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