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10 avril 2013 3 10 /04 /avril /2013 06:45

 
Je ne fais qu’en défaisant, je n’avance qu’en tournant le dos au but.”
            A. Giacometti

 

...rare exemple d’une œuvre qui s’est édifiée à partir de ce qui la contestait…
            C. Juliet

    En même temps que des poèmes et des récits nous devons à l’écrivain Charles Juliet de beaux livres d’entretiens: avec Ubac, Beckett, Van Velde. Incapable de se consoler de n’avoir pu rendre visite à Alberto Giacometti dans son atelier de la rue Hippolyte-Maindron, il décida de publier en 1985 (dans une première édition) un petit livre de grande importance pour qui voudrait aller à l’essentiel.

 
    En respectant d’autres contributions (Dupin, Lord), en tenant (grand) compte des écrits de Giacometti, Juliet nous fait rapidement parcourir les principales étapes biographiques de cette “vie toute simple...("une seule et même nécessité...un chemin qui après coup apparaît comme parfaitement rectiligne...”), avec sa formation artistique, ses crises (comme celle de 1956/58), ses conflits de créateur, ses doutes, son passage par le surréalisme, ses contradictions, ses remises en cause, sa solitude, sa traversée du désert (1935/47), sa quête profonde, son seuil - à partir duquel tout se libère, tout devient réception. Il nous relate des anecdotes significatives (l’épisode des poires (très bien commenté), le retour de Venise en 1920, la mort de Van M, celle du père, la découverte de l’étranger que devient tout modèle, la serviette, le cinéma du Montparnasse (irruption du silence et de la profondeur)) et nous rappelle quelques phrases mémorables du sculpteur.


   Juliet nous offre aussi quelques brèves mais justes analyses d’œuvres (LA POMME SUR LE BUFFET, LA MÈRE DE L'ARTISTE en 1937 et 1958, LE CHIEN) et de belles propositions sur Giacometti et son art. Il souligne la place de l’émotion dans ses recherches inlassables et fait de Giacometti un humaniste déchiré qui a touché au mystique et parle comme un maître zen. Sans négliger les parentés avec d’autres artistes de son temps (Kafka, Beckett, le Sartre de LA NAUSÉE), il définit sobrement l’homme métaphysique giacomettien, profondément seul, toujours fragile, toujours menacé d’effondrement mais toujours capable d’une résistance presque incompréhensible - des poèmes et une page scandée par des phrases nominales le disent encore parfaitement.

 

   De façon convaincante, Juliet  associe au travail de Giacometti  les notions de source, de commencement et celles d’émerveillement, d’étonnement permanent, de réceptivité absolue. À son tour, il dit son émerveillement devant la "pauvreté" des moyens et des sujets de cet art qui nous prend et nous mène si loin.


    Pour la densité de ce bref parcours, pour son beau finale, dans votre bibliothèque entre des contributions plus amples (jusqu'au monumental), placez ce petit Giacometti qui a l'immense mérite de vous rendre vite à l’œuvre au lieu de la masquer.

 

  Être-debout: sans vain lyrisme, quelques pages nous initient à cet effort, à cette venue, à cette affirmation "remontée des enfers" que Giacometti restitua comme personne.

 

 

Rossini, le 10 avril 2013

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Published by calmeblog - dans critique d'art
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