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20 décembre 2014 6 20 /12 /décembre /2014 06:15


«Vraiment pour un homme qui ne s'y était pas exercé depuis tant d'années, il avait un rire splendide, un rire absolument magnifique. Le père d'une longue lignée de rires éclatants.» (page 138)

 


 

    Conçu à Manchester en octobre 1843 et achevé vers novembre pour être publié (avec gravures et eaux-fortes) avant Noël 1843, ce conte d’apprentissage (pour le héros et le lecteur) fut écrit par Charles Dickens et, devenant rapidement célèbre, fonda un genre à lui seul.

 


 

 

 

      Londres. Au XIXè siècle, en plein hiver, sans électricité et avec un brouillard intense qui passe par fenêtres et trous de serrures. Il fait nuit à trois heures de l’après-midi et même, on y voit moins qu’en pleine nuit. Au cours de l’aventure, nous visiterons Londres dans tous ses quartiers (y compris les plus sordides («Les rues y étaient étroites et sales, les boutiques et les maisons misérables, les gens à demi nus, laids, ivres et traînant la savate. Les impasses et les voûtes, comme autant d'égoûts, dégorgeaient leurs immondices, leurs odeurs, leurs créatures répugnantes dans les rues tortueuses. Et de tout ce quartier montaient les relents du crime, de l'ordure et de la misère.»)) et irons même en direction d’une mine dans une lande peu éloignée.


  Dans cette ville vit et travaille un personnage bien peu sympathique:Ebenezer Scrooge, un être «secret, renfermé et aussi solitaire qu’une huître» et tellement insensible aux variations de climat qu’il ne craint ni le caniculaire ni le sibérien.... Bien connu vers la Bourse, il travaille dans un sombre magasin avec un seul commis qu’il exploite sans scrupule. Son associé Marley est mort depuis sept ans.


  Pour le dire vite, Scrooge est du genre scrogneugneu, replié sur lui-même, profondément inamical parce que misanthrope incapable de céder à la plus légère tentation de pitié. La mère de son commis dit ce que tout le monde pense: «Il faut que ce soit le jour de Noël, en effet, dit-elle, pour que nous buvions à la santé d’un homme aussi odieux, aussi pingre, aussi dur et aussi insensible que M. Scrooge
  Son plus grand défaut ? L’avarice: il lésine sur tout (la lumière, le charbon, la rétribution de son commis), il n’est pas un domaine où il ne fait pas des économies de bouts de chandelles et ne sait pas du tout ce qu’est la charité, surtout au moment de Noël, époque redoutable avec tous ces quémandeurs avides de faire le bien des malheureux. Sa vie est méthodiquement mesquine, étroite, régulière comme une horloge et la joie, le sentiment, l’amitié et encore moins l’amour n’y ont la moindre place. Sa demeure est lugubre et froide (ce qui ne le dérange en rien) mais immense, on se demande pourquoi alors que tant de Londoniens se contentent d’étroits taudis. Sa devise:l’obscurité ne coûte pas cher.


 Pourtant un soir de Noël… il aura la visite d’un spectre généreux, celui de son ancien associé, Jacob Marley, qui erre (malgré l’énorme chaîne qu’il doit supporter («elle était longue et se déroulait comme une queue; et elle était faite(...)de coffres-forts, de clefs, de cadenas, de Grands Livres, d’exploits, et de pesantes bourses forgées dans l’acier»)), torturé de remords et qui veut lui éviter le triste sort qui est le sien. Il lui annonce trois visites prochaines.

 Ainsi, sur la base classique des trois chances offertes d’ouvrir yeux et cœur commence un conte merveilleux d’invention simple avec de délicieux portraits et d’émouvantes rencontres.


 Le premier visiteur sera l’Esprit du Noël d’enfance (une sorte d’anamnèse), le deuxième celui du Noël du jour (joyeux géant gourmand et partageur) le troisième, sinistre, celui du Noël qui prophétise le pire et prépare à la mort.
 
 Livre des apparitions et disparitions, des métamorphoses (lieux, choses, êtres (tel ce spectre redevenant colonne de lit) dont notre animisme refoulé se délecte à satiété, livre des pouvoirs qui n’effraient pas l’enfant, des remontées dans le Temps et des prolepses menaçantes, il est surtout livre de l’abondance à portée de main et de bouche par la célébration d’un jour qui doit éclairer tous les autres. Cocagne du pauvre dans une ville où domine la misère. Corne parfois modeste qui se mue en allégresse, en expansion et relie tous les malades, les défavorisés, les menacés, les abandonnés, les négligés, les exilés, les oubliés.


 Voilà, avec certaines lenteurs qui sont un don du XIXème siècle aux modernes usés par l’ellipse et le court-circuit, voilà mêlé d’humour et d’ironie jamais cruelle, un hymne à l’utopie des petits riens, des gestes presque invisibles, des partages qui font lien sans qu’on le sache.

 

 

 

         Comme dans LA VIE EST BELLE de Capra, trop de familialisme, trop de misérabilisme, trop de larmoyant, trop d’irréelle moraline, trop de chantage aux bons sentiments? Pas assez de distanciation?


    Sans doute.

 

  Mais vous regarderez et traverserez autrement le brouillard (asile-enfer des fantômes qui ont échoué dans leur rachat d’un destin…) et, surtout, vous saurez pourquoi, malgré tous les Scrooge de la terre, la mémoire du cœur ne bat pas toujours en vain.(1)

 

 

Rossini, le 20 décembre 2014

 

 

   
(1) Si sous sommes sages nous lirons l’an prochain LE GRILLON DU FOYER.

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Published by calmeblog - dans conte
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