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14 novembre 2011 1 14 /11 /novembre /2011 10:57



        Le sujet en procès : «tu veux être déchiré en mille morceaux?» ; "Il y a quelqu'un en moi. Je suis sous sa coupe. Quand je parle de lui, je le sens dans ma tête qui cogne pour réclamer l'ordre. Il finira par m'avoir".



       Le beau titre de Julia Kristeva a déjà beaucoup (et souvent justement) servi mais, parmi les grands romans du siècle, HERZOG de Saul Bellow peut lui aussi le mériter. Roman du processus lent et rapide de restauration-désintégration (restauration désintégrante) d’un psychisme, procès de soi (par soi, sincère, connivent, ambigu), procès des autres (les épouses, les rivaux), procès de l’Homme, procès du monde comme il va, et plutôt mal, procès du petit monde des gens cultivés du Nouveau monde, des certitudes et constructions des penseurs de l’Europe, procès des Idéologies, de l’Histoire (Histoire au processus tragique), procès du procès : HERZOG (dont un épisode crucial a lieu dans un tribunal à New York et pousse le héros vers sa fille), le roman comme le personnage, est de tous les procès à la fois, y compris ceux qui n’eurent pas lieu et qui touchèrent parfois la chair de l'enfant Moses.

 

       Procès rude, interminable, toujours relancé, douloureux qui sollicite profondément le lecteur (qui perd tout ce qu’il  croit savoir et a tort de se précipiter pour juger Moses Herzog et même prétendre saisir la fin du livre) en un perpétuel  procès du sens, sens attendu pourtant par le héros qui un jour voulut rendre justice à Condorcet..., écrivit LE ROMANTISME APOCALYPTIQUE et qui, vers la fin (après d'autres citations ou références), se rappelle le tribunal des hommes convoqué devant Dieu par Rousseau lui-même dans le célèbre préambule des CONFESSIONS: "je sens mon cœur et je connais les hommes"..., préambule que raille à peu de pages de là, le même héros avec l'aide de Walt Whitman (p.394)...

 


      QUI EST MOSES ELKANAH HERZOG : est-il bon? Est-il méchant? Fou comme le font croire son ex-femme Mady et son amant? Paranoïaque? Simplement dépressif"? Trop lucide? "Un libéral, un intellectuel, un cœur qui saigne, un anormal"? Est-il "archaïque", appartient-il aux "époques agricoles ou pastorales"?Qui est-il?

     Àgé de quarante sept ans, il fut bel homme mais perd ses cheveux, demeure robuste quoique arthritique (le cou) et ayant été  asthmatique (il été réformé pour cette raison); son visage est de plus en plus fatigué, délabré mais il reste élégant en général. Chez lui la pâleur est un symptôme grave.
  Avant de devenir un enfant de Chicago, il a été élevé un temps à Montréal (comme Saul Bellow) : fils de papa Herzog (émigré venu de Petersbourg, ancien passeur d’alcool entre le Canada et Chicago au temps de la prohibition (la mafia le rossa), obstiné lutteur malgré son désespoir) et de maman Herzog (Sarah, rêveuse et mélancolique, se privant de tout pour que ses enfants ne soient pas communs, elle mourut jeune), frère de Shura, Will, d’Helen (qui réussissent très bien dans la vie), beau-fils de la deuxième femme de son père, Taube, petit-fils d’un homme qui en Russie écrivait beaucoup, beaucoup en hébreu...

    Sur la fin de sa vie, le père de Moses qu’il vénère («un père,un être sacré, un roi. Oui, il était sacré pour nous») et dont il hérita sa douleur d’exister (mais l’extermination nazie rendait impensable toute plainte exagérée), ce père donc voulut le tuer pour une histoire d’emprunt mais surtout pour sanctionner son égoïsme monstrueux et son air d'appartenance à l’élite.  De ce père devenu à force de travail petit propriétaire, il hérita 20 000$ qu’il engouffra dans la maison de Ludeyville si importante dans ce roman et qui correspond à la conception de sa fille June et à son espoir, vite déçu de résoudre le problème que lui posait alors LA PHÉNOMÉNOLOGIE DE L'ESPRIT...(1).


    En suivant le jugement de Moses lui-même («satisfait de sa propre sévérité»), on dira qu’il est narcissique, masochiste, anachronique bref dépressif mais pas assez paranoïaque (vraiment?(2))... Qu’il s’est mal comporté avec ses femmes (sa misogynie est aveuglante) et fut ingrat avec ses parents. Qu'il fut un citoyen indifférent. Un ami égoïste (au sens passif
-la passivité est sans doute une des obsessions du romancier Bellow). "Paresseux en amour. Ennuyeux en brillante compagnie. Passif devant la puissance. Évasif quand il s’agissait de son âme.". Retenons aussi qu'il lui est arrivé d'"être trop plein de ses vastes projets pour rien concevoir clairement". Mady, sa deuxième femme le considérait comme autoritaire, infantile, exigeant, sarcastique, bref (...) un tyran psychosomatique"....


     Outre le fait que sa mère voulait qu'il devienne rabbin, on retient surtout de lui qu’il est un intellectuel (il a sans cesse en tête Spinoza et Hegel) sans aucun sens pratique (même s’il travailla un an à la restauration de la maison perdue dans la campagne), qu’il a longtemps cru avoir un arrangement avec le destin et être celui sur qui le monde comptait pour «grâce à un certain travail intellectuel, changer le cours de l’histoire, pour influencer le développement de la civilisation».
    Professeur connu et reconnu pour sa thèse, son livre sur le Christianisme dans le Romantisme, on attend de lui un volume sur les idées sociales du Romantisme. Seulement pour des raisons privées (sa femme Mady l’exigea), il quitta un poste très bien rémunéré et, pour des raisons intellectuelles (sa pensée se révéla incapable de synthèse - Hegel lui donnant beaucoup, beaucoup de mal), il se retrouva assez vite «avec une valise de huit cents pages d’exposé chaotique qui n’avait jamais trouvé d’unité.» Il est, reconnaît-il, du côté de l’informe et «handicapé par le désordres des émotions». Le cœur, sa loi est un des enjeux majeurs du livre. En outre il a été publiquement supplanté par un autre chercheur de Berkeley, Mermelstein qui a dit bien mieux que lui et avec ORDRE ce qu'il cherchait vainement....Ironie du sort : c'est quand Moshé est devenu incapable de la moindre synthèse que, par l'intermédiaire de l'un de ses amis, on lui propose de participer à une ...encyclopédie!

 

 

    On l'a compris : depuis longtemps et plus récemment avec sa crise de l'automne précédent (1963), Herzog pense beaucoup, tout le temps, à tout propos.

 

 

   Cause ou effet, ou les deux, la vie privée de Moses a été mouvementée et il n’a connu que de superbes femmes, épouses ou maîtresses (Wanda, la Japonaise Sono Oguky, quelques autres et surtout la merveilleuse Ramona, la tentante Ramona qui pense comme un grand philosophe (pourtant cité car admiré par Moses) que le corps est un élément spirituel) : un premier mariage avec Daisy (mère de Marco, «juive conventionnelle», belle femme sévère, capricieuse mais calme, ordonnée, organisée, systématique en tout avec puérilité mais sur qui il peut compter et qu’il quitta, contre l’avis de papa Herzog par refus d’une vie de mollusque : Daisy partit au moment de la rédaction de ROMANTISME ET CHRISTIANISME); puis un second mariage avec Madeleine qui a laissé des traces inaltérables: Mady est longuement mise en procès dans la pensée (plus ou moins) errante de Moses. Mère de June, elle est présentée  comme paranoïaque et agent le plus destructeur du sujet Moses. Sur une de ses photos d’adolescente il voit la voit déjà prête au mal.

  Femme très belle (elle excite même le rabbin!), fille battue, abusée à 14 ans (Moses ne prend pas la mesure de l’événement traumatique), elle est présentée par Moses comme hystérique, comme  grande comédienne (le masque et la crème au lever, avant d’aller travailler, donnent un des nombreux beaux passages du roman)): Moses appuie beaucoup sur l’épisode éphémère de sa conversion au catholicisme, signale son peu d’intérêt pour le sexe (du moins avec lui - la scène des livres russes antisémites est une réussite) et son ennui au radotage sur la saga des Herzog; il la décrit comme surtout soucieuse de reconnaissance sociale, intellectuelle, culturelle et affirme que son «complot» contre lui (pour le divorce) a été longuement préparé. Fille d’un homme présenté comme le  nouveau Stanislavski,  elle  subjugua comme peu Moses mais se rapprocha lentement du dandy, du beau, de "l’exhibitionniste", du cabot Val(entin) Gersbach, homme infirme (il boite depuis qu'il perdit une jambe) mais puissant car faisant de sa faiblesse une force: Val devint un rival inattendu de Moses (tous les deux entretenant une relation mimétique complexe à dimension homosexuelle latente ): il y a chez Moses un acharnement suspect envers ce Gersbach (ce grotesque qui lui rappelle une partie de lui-même), son physique (il le traite de monstre:il le compare au pianiste....d'Hitler "il a une tête comme une chaudière embrasée, une voix qui roule comme les boules sur une piste de bowling") et son ascension sociale et culturelle: grâce à lui au départ, l’amant de Mady devint quelqu’un de reconnu alors qu’il reste au regard de Moses un «provincial», un «plouc» qui joue les radicaux (il donne une conférence sur Marx) et les poètes pleureurs. Bellow (et c’est une des grandeurs critiques du roman) fait deviner par Moses (qui le voit comme un débris, un fragment de la foule) l’émergence de la figure du médiateur de masse qui a depuis tout envahi, en France tout aussi bien.

    Moses ne le nie pas toujours : il a voulu tuer Mady et Gersbach.

     QUELQUES JOURS, UNE VIE

   Ce Moses Herzog, où en est-il, où va-t-il? En effet que raconte le livre qui commence et finit par la maison de Ludeyville, espace qui condense tous les aspects d’une catastrophe et qui comme Walden, se situe dans le Massachussetts? 

 

 

   En surface et en termes d’action, nous vivons quelques jours d’un  début d'été de la vie de Moses, cinq puis deux ou trois. Jours d’une crise qui a commencé au printemps 1964 (ses cours du soir en témoignaient) et qui a pris un tour inquiétant en mai. Le héros va un peu «voyager» en juin. Il est tout d’abord à New York dans un studio loué dans la 17è rue : fuyant la séduisante Ramona, il prend le train pour aller se reposer chez une amie à Martha’s Vineyard, lieu chic s’il en est. Dès son arrivée, il regrette d’être là, se sauve, revient chez lui et veut beaucoup agir et écrire. Il se retrouve un soir puis une nuit avec Ramona qui le raisonne et le comble comme toujours mais qui pourrait par la même (pense-t-il) le pousser à la dépression. Au matin il passe au palais de justice et assiste à des audiences portant sur des cas pitoyables et tragiques qui vont l’atteindre au plus profond. Songeant soudain à sa fille June, il part pour Chicago. En sa compagnie il a un accident de voiture et doit se dépêtrer d’une situation humiliante et complexe : au poste de police, il doit expliquer pourquoi il a un revolver chargé sans permis de port d’arme (c’est celui de son père qu’il venait de prendre par attachement filial et pour tuer Mady et Gersbach) et doit affronter le comportement autoritaire de Mady (celui que, profondément, il adore) venue chercher sa fille et laissant clairement entendre dans le commissariat qu’il est capable de se servir de ce pistolet. Grâce à son frère, Moses échappe aux tracasseries et se replie sur la fameuse maison de Ludeyville, symbole éloquent de tout le gâchis de sa vie. «La folie de Herzog! Le monument dressé à sa sincère et tendre idiotie, à ses démons intérieurs méconnus, le symbole de son combat de Juif pour poser un pied ferme sur l’Amérique Blanche, Anglo-Saxonne et Protestante(...)» Il la redécouvre, en fait une sorte d’inventaire floral et animal, se réjouit de constater que des couples ont fait l’amour parmi ses notes livresques. Il va de sensations en émotions: il veut croire que son cœur est libre, plein, serein et il a le sentiment de la Joie. Il y demeure pour trouver la paix et la clarté, conçoit projet sur projet, passe du temps dans son hamac, écrit de façon toujours plus désordonnée dans un état d’excitation extrême, feuillette des livres russes, peint en vert un piano pour sa fille, saute d’une idée à l’autre, pense écrire un poème mais abandonne («il était dans un état trop bizarre, un mélange de lucidité et de mélancolie, d'esprit de l'escalier, de nobles inspirations, de poésie et d'absurdité, d'idées, d'hypersensibilité: il errait de-ci de-là, entendant à intérieur de lui une musique pleine de force, mais indéfinie, voyant des choses, des franges violettes autour des objets les plus nets.»), se bat pour ne paraître fragile au point d’être enfermé par sa famille, et semble s’abandonner à Dieu... «Comme mon esprit a lutté pour devenir cohérent. Je n'y suis guère parvenu. Mais j'ai désiré accomplir votre volonté impossible à connaître, les acceptant, elle et vous, sans symboles. Tout ayant la plus intense des significations. Surtout ce dont j’étais dépouillé». Il se croit changé...

 

    Moses écrit, peint le piano, reçoit avec calcul et émotion la visite de son frère Will venu le voir pour estimer la maison et sa revente possible. Bien qu’habile et prévenant, Will prononce le mot de clinique que Moses refuse de toutes ses forces. Au même moment, Ramona est arrivée à proximité et Moses se prépare pour un repas avec elle. Il fait revenir l’électricité et aura l’aide de madame Tuttle pour le ménage.
   Le roman s’achève sur un Moses attentif à tout ce qui pourrait l'accuser (même cueillir des fleurs!), silencieux, écoutant Madame Tuttle en train de balayer (en faisant trop de poussière...) et pensant que le maléfice des derniers mois disparaîtra....à condition de ne plus rien émettre comme message.

 

 

    En profondeur le roman est la lente et éclatée remontée mémorielle du sujet Herzog vers les étapes majeures d’une vie et, au fil des jours, l’avancée dans l’enfer de la crise mélancolique (et paranoïde) qui voit surgir, dans un espoir maniaque de libération, le cœur et sa loi comme la solution.

     Telle est la phénoménologie d’un esprit qui se "dévore": selon les lecteurs, ce sont des éclats d’une conscience en morceaux qui, ou bien, trouvera un équilibre ou bien, plus tragiquement, qui cherche à retrouver un équilibre et accélère son délitement en croyant trouver une issue en s'inspirant de Thoreau (WALDEN OU LA VIE DANS LES BOIS).

   DEUX VOIX, DES LETTRES

 

«Mettrais-je un point d’honneur à me justifier devant tout le monde»?
       
        Que lisons-nous sur 400 pages? Un  débordant flux (avec ponctuation tout de même) verbal : un narrateur raconte à la troisième personne tout ce que sait, se dit, voit Herzog, "ce monarque déchu», tout ce qu’il se rappelle (entrevues, querelles, dialogues) parce qu’il le connaît aussi bien voire mieux que lui; en même temps il nous livre, avec quelques décalages subtils et souvent ironiques, le flux de pensée(s) du héros et (en italiques) toutes les lettres (les brouillons) que Moses écrit à la terre et à l’humanité entière sans jamais les envoyer.
       
Lettres qu’il rédige partout et tout le temps : aux proches (parents, amantes (Wanda, Sono, Ramona etc.), amis (Lucas Asphalter), ennemis (Shapiro, le prêtre qui tenta d’amener Mady à la religion catholique, bien d'autres)), à son psy, à un service de crédit, à des scientifiques (en particulier Hoyle, Schrödinger); lettres aux personnes importantes de l’époque (le docteur Bhave, Ike, le gouverneur Stevenson, Heidegger, au New York Times, Nerhu, au pasteur King etc.), lettres aux morts, aux grands auteurs et penseurs morts (à  Spinoza,  Herr Nietzsche (belle lettre!)...).

 

        Il lui arrive même de s’écrire à lui-même...Mais, en réalité, à qui d’autre écrit-il vraiment?

   
Dans quel but ses lettres,  cette sarabande de lettres? Il écrit pour interroger, contester, rectifier, pinailler, saluer, approuver, encourager, comprendre, expliquer, théoriser, mettre fin à la théorie....

       De par sa formation, il est tiraillé entre les explications totales à la façon de Hegel et d’autres qui mettraient en valeur le singulier, le fameux cœur qui irrigue tous les questions de Moses mais qui, là aussi, est pénétré par sa formation hégelienne (3). Moses a toujours voulu tout comprendre : l’Histoire, son mouvement, la société contemporaine, l’arrivée des masses, de la multitude. Il se croyait capable de penser la pratique en train de devenir métaphysique ou idéologie. Capable de penser le Tout, son procès perpétuel (son désordre apparent) et les effets interactifs et rétroactifs de ses parties. Ainsi : "(...)Il savait que le tout était exigé pour racheter chaque esprit séparé" Ainsi encore pense-t-il, (Ramona et son influence ne sont jamais loin): «Il faut que l’érotisme ait enfin sa juste place dans une société émancipée qui a compris les rapports qui existent entre le refoulement sexuel et la maladie, la guerre, la propriété privée, l'argent, le totalitarisme.» Mais il est la belle âme disloquée dont justement Hegel se moque et avec laquelle Bellow tente de protester tout en faisant passer, de façon tragiquement parodique (Diderot est un de ses maîtres) son héros par toutes les fourches caudines du système du  grand penseur allemand.

        Et c’est là qu’est l’extraordinaire réussite de Bellow : les lettres de Herzog sont certes les fragments d’un miroir cassé que le cœur voudrait réassembler (que de miroirs dans ce roman qui ajointe secrètement le disjoint, le désaccordé, qui restitue l'infime de la fidélité la plus enfouie !). Elles divaguent, elles disent clairement l’effondrement de certitudes, de systèmes auxquels Moses croyait et dont il abusait ("répandant des théories impressionnantes et survolant des époques entières de l'Histoire"). En même temps, au cœur du délire émergent des fragments de vérité qui clouent le lecteur par leur force, leur profondeur, leur exactitude.



   
Au moment de la sortie du livre qui fit événement, on a cru bon,  d’écraser Herzog sous la comparaison avec ULYSSE de Joyce. Contentons-nous de savoir qu’il est peu d’œuvres aussi profondes sur la force de la certitude sensible, sur la piqûre du sensible pur, sur la question du lien(4), de la responsabilité, de la dette et de l’étrangeté à soi.


    "Herzog était pris de vertige tant son désir était ardent de commencer."(5)

 

 

Rossini

 

 

 

(1)Est-il besoin de dire que les pages sur la famille Herzog dans le taudis de Napoleon Street, celles qui correspondent à une grande crise de nostalgie de Moses sont, sans jamais sombrer dans l'indigne  misérabilisme, parmi les plus émouvantes de ce livre douloureux? HERZOG est un des plus grands livres sur la Judéité.

 

(2)«J'ai récemment demandé à un psychiatre une liste des Iymptômes de la paranoïa (...). J’ai pensé que cela pourrait m'aider à comprendre. Il l'a fait bien volontiers. J'ai mis le bout de papier dans mon portefeuille et je l’ai étudié comme les plaies d’Egypte. Tout comme «DOM SFARDEYA KINNIM» dans la Haggadah. On lisait:Orgueil, Colère, «Rationalisation» excessive, Tendances homo- sexuelles, Esprit de compétition, Méfiance devant l'émotion, Incapacité de supporter la critique, Projections hostiles, Illusion. Tout est là, tout! Chaque mot m'a tait penser à..... Mady»(je souligne). Bellow, lui, ne connaît pas l'informe, même quand il décrit une désagrégation psychique. Ironie toute bellowienne: Moses se sert comme signet (dans un livre de Blake) de la liste des symptômes de la paranoïa....

 

(3) "Herzog ne pouvait pas affirmer qu'il ne terminerait pas son étude. Le chapitre sur "le Moralisme Romantique" avait assez bien marché, mais il était resté bloqué net sur "Rousseau, Kant, Hegel". Évidemment....

 

(4)"Et ainsi humanisée, cette planète dans sa galaxie d'étoiles et d'univers va de vide en vide, infinitésimale, souffrant de sa signification sans lien avec rien. Sans lien? Herzog, avec un haussement d'épaules bien juif, murmura: "Nu, maile..." Ainsi soit-il."(p299)

 

(5) Au dernier chapitre de SAUL BELLOW signé Pierre Dommergues (Grasset; 1967), on lira utilement un débat et des avis très contrastés sur HERZOG ainsi qu'un montage de citations des grands critiques américains.

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Published by calmeblog - dans roman américain
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