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28 décembre 2016 3 28 /12 /décembre /2016 07:28

 «Dans la profondeur de la forêt résonnait un appel (...) ...»

                                                       ***

 «Il progressait - ou régressait - à grands pas.»

                                                             ***

       

 

     Écrit en six semaines, publié en feuilleton en 1903,

 

                       THE CALL OF THE WILD

 

 fut tout de suite un grand succès. Malgré les hésitations de l'auteur et des éditeurs à son sujet, ce titre dit tout. Il installe une attente, crée une tension. Mais l’appel sera entendu.


Dès l’attaque, The Wild (substantivé).


Tout y mène, tout y ramène comme on le comprend vite. Au commencement, the Wild. Son appel, son chant antique, ses cadences. Il faut aller vers le commencement. Y retourner. Par étapes qui égarent moins qu'on ne croit.


Le commencement dans la fin, la fin dans le commencement : entre les deux, l’anecdote qui parle à tout le monde et de tout le monde - ou presque.  Nous irons des messages, des échanges mineurs au grand Appel. Avec tout au bout, non loin de l'or délaissé, dans une vallée devenue inaccessible, un hurlement lugubre.

 

Un repère sera obsédant sous la plume de Jack London : la ligne de partage des eaux. Un partage plus général trame tout le roman.

 

Des hommes


    On les voit peu et la recherche de l'or (bien connue de London) n'est pas au cœur du livre : la marche vers l'Est est seulement un moment de l'intrigue et on chercherait en vain une sociologie ou une ethnologie des chercheurs d'or (il y vient ailleurs). Si l’on excepte le dernier personnage important (John Thornton, celui qui demande peu de chose à l'homme ou à la nature, lui si proche de la manière indienne de vivre), les hommes comptent peu dans le récit : non qu’ils ne jouent pas un rôle (positif ou négatif, grand ou modeste, tragique ou comique (avec le trio de paresseux incompétents où, ce n'est pas un hasard, le dialogue devient envahissant)) mais, justement, ils sont dans leur rôle et suivent un tempérament qui ne retient pas longtemps London. Ils sont dans le monde, ils  sont  dans leur monde et jamais dans le monde profond qu'ils n'approchent pas, par ignorance, par facilité ou par faiblesse. Même les chercheurs de la hutte perdue, antique et délabrée qui trouveront le filon d'or («luisant comme du beurre blond au fond de la batée») et qui auraient pu devenir millionnaires ne retiennent pas beaucoup le narrateur : le négoce l'aurait emporté si la mort n'était pas intervenue. Et pourtant que de récits possibles ! Mais, dans ce livre, ce n'est pas alors l'objet de London.

 
  Toutefois, il faut nuancer : aux yeux de London il y a chez certains êtres un appel (du) sauvage qui retentit autant que pour l’animal. Anticipons (nous verrons qu’il n’y a qu’un Temps chez London) et allons à l’extase qui le fascine tellement et dont il parle si tôt dans le roman (le discursif étant une constante chez lui) : «
Cette extase, cet oubli de la vie, saisit l’artiste élevé et emporté hors de lui-même dans un rideau de flammes ; elle saisit le soldat fou sur un champ dévasté et refusant de faire quartier (…).»(j'ai souligné) Mais ce ne sont pas ces êtres exceptionnels qui s'imposent dans L'Appel de la forêt. L'expérience de pensée romanesque ne passe pas directement par l'homme. Tout en l'appelant d'une autre façon.

     Excepté John Thornton qui s'en approchera, guidé par une sagesse (indienne, ce qui rend sa mort tragiquement ironique), et qui, par amour pour Buck ne cherchera à aucun moment à le vendre pour faire du profit. Mais la littérature est aussi, pour l'écrivain comme pour son lecteur, un Appel.

 

Des chiens

 

     Avec un anthropocentrisme insistant et selon une projection incontestable qui n'est pas sans troubler le lecteur, London s’intéresse avant tout aux chiens et principalement à Buck qui a des vertus qu’on a longtemps tenues pour exclusivement humaines. L'accumulation dans le livre est étonnante au point qu'au bout de quelques pages on n'y prête plus attention et que les débats multiséculaires de la philosophie sur cette question semblent balayés.

    Il est souvent question chez Buck de rire, de rêves. L’intelligence ne lui est jamais déniée (il a des idées, il a une ruse (cet art de différer) qui n'est pas instinctive), pas plus que la confiance en soi. On découvre en lui une capacité morale évidente (il sait ce qu'est le fair play, il peut éprouver aussi bien l’orgueil qu'un sentiment de honte (il sait quand il ruine sa moralité)). Mais Buck n'est pas le seul à mériter ce portrait éloquent. L'un des comparses de Buck sera dit introverti ; un autre, Dave, est un bon travailleur et il «a l’orgueil du trait et de la piste » ; certains ne supportent pas d'être écartés de leur place dans le traîneau.

   Quelques morts d'animaux sont clairement décrites comme héroïques. Le caractère épique du roman revient à peu près exclusivement aux animaux.

     C'est une façon de nous faire entrer dans un monde un (en dépit des différences) et une "philosophie" moniste. 

 

  L'intrigue

 

  Nous sommes à la fin du XIXè siècle, à l’époque des chercheurs d’or du Klondike, région située dans le Grand Nord. La ville la plus souvent évoquée s'appelle Dawson.

  Un chien magnifique  «au museau de loup», croisé de saint-bernard et de chien berger écossais, habitué aux douceurs du sud (il régnait en roi incontesté d’une immense propriété appartenant à un juge et située près de San Diego) est dérobé ; à partir de Seattle, il découvre peu à peu, à l'ouest des Monts Mackenzie, le Canada le plus austère. Au gré des hasards et des intérêts, il sera vendu pour être intégré à des traîneaux de chiens. Tout d’abord à Perrault, Franco-Canadien porteur de messages importants et à son aide François (métis de même nationalité), puis à un métis écossais qui apporte aux travailleurs de la neige les messages du monde entier ; ensuite, il appartiendra à un trio de branquignoles qui le feront souffrir ainsi que tous les autres chiens du traîneau ; enfin, il sera sauvé par John Thornton, le seul maître digne de ce nom qu'il aura connu. La mort de ce dernier poussera Buck dans le Wild où il rejoindra enfin une certaine ombre.

  Une intrigue assez linéaire dont la fin est dessinée dès le début mais que retardent quelques épisodes qui sont autant d'étapes de la formation-déformation-reformation. Le paradoxe étant celui d'une adaptation progressive au monde des exploiteurs qui finira en désadaptation à l'humain.

 

Narration

 

     L'intrigue fondée sur les conflits extérieurs (avec les hommes, entre les chiens) et un conflit intérieur (le feu ou l'immensité blanche des loups) ne cherche pas à surprendre. Dans le cadre du roman d'apprentissage, bien des étapes et des épisodes sont prévisibles. Les descriptions sont plutôt rares et c'est à la scène que London attache le plus d'importance. Scènes parfois comiques (le trio des incapables) qui tournent au drame pour les chiens ; scènes le plus souvent cruelles (la mort de Curly, de Dave, la défaite de Spitz, l'acharnement de Buck sur des adversaires (jusqu'au vieil orignal)) présentées comme jeux.

  Ces scènes unissent cruauté et beauté : l'un des sommets étant, dans la lumière lunaire, la course sur fond blanc du lapin blanc chassé par une meute féroce commandée par Buck assoiffé de sang, prélude au grand combat avec Spitz. Scènes inséparables d'un monisme incontestable qui fait pleinement droit à la notion d'extase présentée comme étant tout le contraire de la mort.

 

Composition

Les différents maîtres donnent son rythme au récit.

 

   • On connaît le bonheur de Buck auprès du juge Miller.  Parfaitement domestiqué, le chien est à sa façon son propre maître. Dans un monde oisif, continu, ennuyeux. Mais il ne le sait pas encore. Au départ, un monde apparemment heureux mais artificiel : le Sud. C'est le cercle de la petite répétition.

   • Au nord, le dresseur au gourdin puis les premiers patrons, Perrault et François, plutôt respectueux des animaux (ils sont «des hommes justes, calmes, impartiaux dans leur manière de rendre la justice»), imposent la vitesse parce qu'ils ont le souci de l'efficacité : ils livrent les messages du gouvernement canadien. Leur domaine est celui des chiffres, ils ont l’obsession du temps (de la montre). Peu à peu, ils sont gagnés par la notion de record. Il faut aller comme des flèches mais en (large) circuit fermé.

  • Le patron suivant (métis écossais) est encore dans le transport des lettres, non les officielles mais celles venues du monde entier (il faudra s'en souvenir quand le chemin de Buck le mènera jusqu'au seul monde qui compte, celui de l'Appel). S'impose alors une monotonie mécanique qui accroît gravement la mauvaise santé des chiens du traîneau. Leur fatigue extrême sera la raison de leur vente.


  • Survient ensuite un intermède satirique (le trio des négligents et des incapables) mais très vite l'impéritie des trois conduit à la mort du traîneau. L'épuisement gagne les plus résistants des chiens qui ne sont même plus sensibles aux saisons. On les arrache même au cycle naturel.

 

   • Enfin Buck connaîtra une sorte de résurrection auprès de John Thornton avec lequel il partage un amour authentique et passionné, amour fiévreux et brûlant,  fait d'adoration et de folie. Découvrant le vrai et le seul Maître, il va partager son temps entre le feu de John et les terres vierges, non sans avoir sauvé John (dans une scène fusionnelle étonnante) et même enrichi en lui faisant gagner un pari dans la saloon nommé Eldorado....

   •Viendront enfin les  grands "messages" de la nature (Buck «lisant les signes et les bruits comme un homme peut lire un livre») (je souligne), le pressentiment mortel, le constat d'un massacre opéré (symboliquement) par des Indiens, l'affranchissement de la loi du gourdin et des crocs (le chien devient un temps bourrasque de rage) et l'abolition de tout lien («le dernier lien était brisé») avec le retour à la sensation des ancêtres face à la peur et au mystère essentiel

  Le chant peut retentir, la note devenir chœur : Buck s'imposera aux loups et terrorisera les Indiens. Il est devenu lui-même et un autre. Le grand cercle temporel est refermé.

 

 D’une Loi l’autre.


      Ce roman est un beau roman d'initiation mais d'une nature très originale parce qu'inversé dans sa progression. Avant de voir les étapes et leur résultat, indiquons les lois qui les dominent.

   La première est la loi tranquille du juge et de son chien privilégié ; vient ensuite la loi du Nord (celle du gourdin et des crocs («Ils étaient tous des sauvages, et ne connaissaient d'autre loi que celle du gourdin et des crocs»)) ; enfin se révèle à un seul, la loi du Wild, du temps primordial, plus difficile à cerner.

  Regardons les étapes de ce progrès qui, de fait, est un regrès.


1- le désapprentissage comme apprentissage. Buck doit oublier toutes les marques du Sud, tout ce qui s'appelle la civilisation : «Tout cela - respect de la propriété privée et des sentiments personnels - était assez bon pour les terres du Sud, où régnait la loi de l'amour et de l'amitié.» (je souligne) Les choses commenceront tôt avec la façon de manger et la mort violente de Curly.


2- le double apprentissage du Nord, du Klondike, «un monde régi par des lois plus fondamentales et plus primitives» qui le mèneront vers la forêt : apprendre d'emblée la loi du gourdin (l'homme au gilet rouge) et la vie de traîneau, sa rude cohésion, sa hiérarchie (Buck devra prendre le pouvoir en liquidant Spitz) : il faut souffrir le trait, dormir sous la neige, être apte à survivre à tout, subir la folie de Dolly, l'inconséquence des maîtres, l’orgueil de tous.  Point capital : dans ce temps intermédiaire, Buck apprend à ne pas céder à l'immédiat, étrange pouvoir du temps qu'il rejoindra plus tard. Temps du délai, de la ruse.

 Cependant, à ce stade il s'approche déjà d'un autre monde. En lui se réveillent les souvenirs héréditaires, les images de l'homme velu et surtout l'évidence d'une loi :«Il avait retenu les leçons de Spitz (...) et il savait qu'il n'y avait pas de moyen terme. Il devait dominer ou être dominé; toute manifestation de pitié était signe de faiblesse. Dans la vie des origines, la pitié n'existait pas. (...) Tuer ou se faire tuer, manger ou se faire manger: telle était la loi; et il obéissait à ce commandement issu des profondeurs du Temps.»

  Parallèlement aux aléas du cheminement du traîneau, l'apprentissage fondamental a lieu à ce moment là. Buck entend, voit, renifle tout, il saute, gambade partout : il est toujours plus sur le qui-vive. Chaque élément contribue à sa compréhension de l'Appel qui retentit toujours plus. L'Appel, le grand Appel se cache derrière la ponctuation des appels relatifs qui, un jour, pourront converger.


3- le véritable enjeu que quelques signaux ont introduit: désapprendre l'appris (artificiel), apprendre le désappris fondamental - répétition-apprentissage de l'oublié, du latent, de ce qui est en Buck mais refoulé, le Temps d'avant le temps, le Temps des profondeurs du Temps, de l’archi-mémoire, mémoire active de l'immémorial, du premier âge (il ranimait en lui la vie des temps anciens, il retrouvait le souvenir de la jeunesse de la race), le temps des derniers ancêtres, ceux qui durent subir l’apprivoisement puis le temps d'avant l'homme velu et chevelu, temps de la peur. Temps qui revient durant ces années de traîneau mais en réalité a toujours déjà été là, sous forme d'ombre(s) annonciatrice(s). Présent qui passe le Temps. Présent qui abolit la distinction entre passé et futur.

 En un mot, le temps de la vie selon London (« Il était sous l'emprise du pur déferlement de la vie, du raz-de-marée de l'existence, de la joie parfaite de chaque muscle, de chaque articulation, de chaque tendon particuliers - dans la mesure où c'était tout le contraire de la mort, tout l'ardeur de l'exubérance qui s'exprimaient dans le mouvement et volaient avec exultation entre les étoiles au-dessus de lui et la surface de matière inerte sous ses pas.») et de son paradoxe : «Il y a une extase qui marque l'apogée de la vie et en constitue le sommet indépassable. Tel est le paradoxe de l'existence : cette extase survient quand on est le plus pleinement vivant, tout en l'oubliant complètement.»(j'ai souligné)

  Ce passage au Wild se fait par seuils et Buck hésitera longtemps entre deux mondes en allant de l'un à l'autre (du loup ami à l'homme qui le sauva) mais la mort de John le poussera à l'ultime décision (qui n'en est plus une). Il aura fallu le crime des Indiens Yeehats (ethnie inventée) dont John était si proche, donc le crime des hommes pour que Buck franchisse le pas ultime, celui du massacre opéré sur les hommes.« Le dernier lien était brisé. L'homme et les prétentions de l'homme ne lui créaient plus d'obligations.» Contraint, il rejoindra le temps des commencements en ayant vaincu la loi du gourdin et des crocs : il aura franchi la ligne de partage et vaincu l'homme, le plus noble des gibiers....

    Toutefois, bien qu'ayant rejoint son origine, Buck viendra encore dans la clairière où dort l'or abandonné depuis le massacre opéré sur John et ses compagnons.... Il y «pousse un long hurlement lugubre avant de repartir.» L'Appel sauvage ne lui a pas interdit ce hurlement de célébration qui est aussi celui de la douleur de vivre, de la peur et du mystère du froid. Cycle mineur dans le grand Cycle retrouvé.

    C'est le moment où London expose sa certitude profonde, son mythe fondamental. Tout converge et se manifeste alors une unité de l'animal (qui n'est pourtant pas "pur" (j'y reviens) : «Chaque partie de son être, cerveau et corps, fibre et tissu nerveux, était accordée de la manière la plus exquise ; et entre toutes ces parties, il y avait un équilibre ou un ajustement parfaits.» Je le souligne : un monisme s'impose clairement et s'achève dans la conviction qui est probablement une confession: «La vie coulait à travers lui en flots splendides, joyeuse et exubérante, au point qu'elle semblait devoir exploser dans un mouvement de pure extase et se répandre généreusement sur l'univers.» Une fois accomplie la métamorphose instantanée et terrifiante qui se produisait dès qu'il se trouvait à l'intérieur du mystère de la forêt, tout en Buck n'est plus que jeu (cruel) et perfection des ajustements d'un corps devenu pur élan, pur devenir/revenir idéal.

 

 

 

 

 

                Étrange livre que tout le monde prétend avoir lu à l'âge de dix ou douze ans (surtout les écrivains...) et dont chacun assure avoir entendu l'hymne à l'endurance, à la persévérance, au courage, à la liberté. On y devine de possibles influences (Darwin (une adaptation inversée), Nietszche ) retravaillées à la lumière d'un mythe très personnel.

   Des questions demeurent et divisent encore. Pourquoi cette histoire de mâle dominant qu'on retrouve ailleurs (sous d'autres formes) dans son œuvre ? Est-ce l'apologie de la force aveugle, de l'instinct enfin délivré, rendu à lui-même ("Le désir du sang devint en lui plus fort que jamais. C'était un tueur, une bête de proie, vivant aux dépens des créatures vivantes ; sans aide, solitaire, grâce à sa propre force et à sa propre habileté, il survivait triomphalement dans un environnement hostiles où seuls survivaient les forts») ? (1) Est-ce la célébration d'une perfection réservée à quelques-uns (2) ou, mieux, l'idée d'une nature qu'il faut accomplir jusqu'au bout et que chacun se doit d'inventer à sa manière, à sa mesure surtout? (3)

  D'autant qu'il ne faut pas oublier que c'est un croisement (mais alors de quel Temps s'agit-il exactement?) qui est à l'origine de Buck («Sa ruse était celle du loup, une ruse féroce ; mais son intelligence, celle du chien de berger et du saint-bernard ; et tout cela, ajouté à une expérience acquise à la plus féroce des écoles, en faisait une créature aussi redoutable que toutes celles qui parcouraient les étendues sauvages.») (j'ai souligné le paradoxe) et que va naître une autre race d'animal croisé de Buck et de loup, ce qui n'est pas sans compliquer la question du Temps de l'origine....

  En tout cas, London nous a livré un puissant mythe, celui de l'errance illimitée, à travers l'immensité inconnue des cartes, mais surtout celui de la coulée de vie (élan vital?) qui nous traverse en des moments exceptionnels puisque nous ne sommes que des pantins («Ainsi, comme pour rappeler que les êtres vivants ne sont que des pantins, l'antique chanson montait en lui et il renouait avec ses origines (...)», puisque nous ne sommes que (trop rarement) l'occasion du grand débordement vital.

  Ce moment ne saisit-il pas aussi aussi l'écrivain qui répond à un autre Appel, celui de l'écriture qui, à partir de ce chien fantôme et dans son flux recouvré, se construit sans doute entre le blanc et le Wild approché par l'inconscient créateur?(4)

 

Rossini le 5 janvier 2017

 

NOTES

(1)Apologie qui disparaîtra de son œuvre - du moins sous cette forme.

(2)On soulignera encore le monisme de cette proposition  qui mène à l'idée d'une adéquation à soi-même : «Pour toutes ces raisons, il devint doué d'une grande confiance en lui, qui se communiquait de manière contagieuse à son existence physique. Elle s'affichait dans tous ses mouvements, se manifestait dans le jeu de chaque muscle, s'exprimait aussi clairement qu'un discours dans son comportement, et ajoutait encore à la splendeur de son superbe manteau de fourrure.» (j'ai souligné)

(3)La question de l'orgueil est peut-être une direction d'explication des distinctions comme des ressemblances: «Il le voulait parce que c'était dans sa nature, parce qu'il était maintenant possédé par l'orgueil inouï, incompréhensible de la piste et du trait - cet orgueil qui rive les chiens à leur dur travail jusqu'à leur dernier souffle, qui les captive au point de les faire mourir avec joie sous le harnais, et leur brise le cœur si on les en prive.». Dans le traîneau, chacun, à sa place, trouve du plaisir à travailler ....

 

(4)On sait qu'à l'inverse, dans un chiasme qui relie les deux romans,  London, avec Croc-blanc, fait passer l'animal de l'état sauvage à la domestication (mais ce roman exige une lecture très fine). Dans la très romanesque nouvelle THE ABYSMAL BRUTE il est intéressant de noter la dimension sociale de la force représentée. La dite brute est un boxeur élevé près d'une montagne et qui n'aime que chasser et pêcher dans une forêt épaisse ;  sa naïveté accompagnée de connaissances poétiques inattendues (Browning) le pousse à une  virulente dénonciation du système mafieux qui gangrène le milieu d'un sport qu'il domine de tout son art. Dans ce cas l'innocence et la force servent un combat juste. Et la beauté du geste sportif se sépare de la force sauvage.

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