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5 mai 2016 4 05 /05 /mai /2016 05:52

 


«-Pour moi, les deux meilleurs livres du siècle sont le Stevenson, Jekyll et Hyde et...sa voix baissa ...Le Portrait de Dorian Gray, de...

 -Je sais qui est l'auteur de ce torchon, coupa Mr Meadows.» (page 241)

                                                                •••

 

«Réunir des accords de détresse, se dit-il (...).»(page 44)

 

 

 

 


            Les familiers de l’œuvre d’Antoine Sénanque seront peut-être surpris de l’orientation qu'elle prend avec ce dernier roman apparemment historique qui se déroule pendant le long règne de la reine Victoria.

 Un roman dont les personnages principaux sont hantés par de terribles fantômes (Weakshield, le héros avait «un fantôme qui le rendait fou») et dans lequel «le plus fort tient le cap de sa destruction.» Un roman où chacun balance entre la part manquante et la part maudite.


 

     Genre

 


      Pour une fois, Antoine Sénanque choisit le roman historique qui nous conduira (avec des va-et-vient nombreux, de longues analepses et des prolepses plus rares) des années cinquante du XIXème siècle jusqu’aux premiers jours du XXème.  Il sera question ou l'on rencontrera Jack l’Éventreur, l’économiste Alfred Marshall, Joseph Lister, l’équivalent anglais de Pasteur, son "ami", Karl Marx, William Stead l'inventeur d'un style neuf en journalisme et surtout Oscar Wilde. Sans oublier le peu connu Ernest Duchesne, ni l'ombre bienveillante d'Holmes ni encore le jeune Winston Spencer (Churchill) dont on se dit (peut-être à tort) qu’il ne tient pas l’alcool....


  L’originalité du roman tient dans sa dimension (assumée) de roman feuilleton. Dans le Daily News on annonce pour la fin de 1899 la publication en quinze épisodes d’une enquête feuilleton consacrée à Jonathan Weakshield, un célèbre et redouté meneur des bas-fonds londoniens.   

  Le roman lui-même est construit sur le feuilleton de cette enquête journalistique. Si bien que l’on n’est pas surpris par le suspens de certaines fins de chapitres (telle ombre difforme menaçante), par les poursuites et par les disparitions vraies ou feintes (ou les faux départs) de quelques personnages, par des prolepses inquiètantes ou par le souci de récapitulations nécessaires dans une intrigue complexe qui vit de ses rebondissements (par exemple un personnage donné pour mort est en réalité réfugié dans un cachot de Reading) et que le lecteur emporté cherche à deviner. On a compris que le romancier joue à la fois, non sans humour, avec les codes d'un certain roman historique et ceux, souvent proches, du roman feuilleton.

 

 

     Londres

 


   Malgré des incursions en Nouvelle-Galles (Australie), lieu de l'ouverture dominée par la mort et l'écriture, en l’île Maurice ou en Irlande (à Mullingar), c’est la capitale anglaise qui sert de décor et, en effet le lecteur de Dorian Gray n'est pas dépaysé dans l'East End. Une Londres en noir et blanc d’un expressionnisme aigu passant de la gravure ample à la sombre et sordide scènette. Tout s'achève presque dans un tunnel construit sous la Tamise où les ombres se mêlent.
  Londres à la puanteur si variée, aux miasmes redoutables, au crachin et au brouillard charbonneux, aux quartiers dangereux (Seven Dials), avec ses trafics d'enfants, d'ébènes, d'opium mais, en même temps, Londres qui fut capable d'éblouir en 1851 tant de visiteurs avec Crystal Palace
, ce triomphe du fer et du verre, et qui cherche à "civiliser" certains quartiers en les détruisant pour les reconstruire avec des éclairages rassurants non sans créer une nostalgie même chez les plus pauvres. Capitale du pays le plus riche alors, elle témoigne de son avancée dans la modernité et, déjà, dans  une certaine mondialisation : l’industrie est florissante (les usines poussent vite («ces boîtes à chômage» dit Grave, non sans anachronisme), le commerce est dynamique (le port et les docks le prouvent), l’électricité se répand, des progrès techniques et scientifiques se manifestent dans tous les domaines : l'hélium est découvert et devient très utilisé même pour des choses futiles ; le jeune journaliste Louis Meadows utilise le premier gramophone pour ses interviews ;  Scotland Yard interroge déjà les empreintes digitales.

 

   Dans cette ville, tout autant que les progrès ou la saleté et les maladies mortelles, dominent la violence dans les rapports sociaux (l'État, la pègre, certains syndicats sont complices et, dans la grande bourgeoisie comme dans l'aristocratie on médite sur le darwinisme social...) qu'atténuent peu les entreprises de philanthropie (pour lesquelles œuvre le beau personnage de Zarn) et,  surtout, la cruauté qui marque durablement le lecteur. Elle peut être exercée sur les animaux (élevage de rats pour combattre des chiens, chevaux livrés aux sangsues, cochons enjeux de défis, dorade mutilée sauvagement) et entre les hommes : tout un répertoire du sadisme qui s'attaque en particulier aux visages (l'un est brûlé à la chaux) et aux yeux qu'on crève, énuclée et fixe sur les portes...(1) Jusqu'au combat final le sang coule, fuse, gicle. L'auteur, dans ses remerciements, salue Sam Peckinpah....

 

 

     Enquêtes, traques, quêtes

 

Enquêtes journalistique et policière


 

  Le jeune Louis Meadows a peu à peu convaincu son supérieur Steven Ross de l’intérêt d’une enquête sur et autour de Jonathan Weakshield, impressionnant Irlandais, «homme magnifique» qui, associé au redoutable Viking, régna sur le Seven Dials : on le tint longtemps pour mort mais sa noyade en 1884 était feinte. En réalité, il avait fui en Nouvelle-Galles en changeant d’identité et en se cachant ...au bagne pendant deux ans avant de trouver une mine d’or…. On apprend vite que, traqué là-bas par un policier (Saul Cumberbatch) et victime d’un naufrage, il a annoncé par lettre son retour à Londres pour rejoindre la femme de sa vie, sa compatriote Fine Mc Call qui l’a abandonné là-bas et vit désormais à Barking Creek mariée avec John Harrysborn.


  Son retour, en principe secret, est connu de tous. Connu de la police, des adjoints du groupe qu’il commandait et qui lui sont restés fidèles mais aussi de son ancien compagnon de pouvoir sur les bas-fonds devenu son ennemi, un nain surnommé le Viking réfugié (lui aussi) volontairement en.. prison et qui a cru longtemps avoir tué Fine (elle fut sauvée par le grand savant Lister), la seule à savoir son secret : c’est lui qui a éliminé sa compagne Zarn la Mauricienne, diseuse de bonne aventure, femme d’une grande probité et d’une réelle pureté, vouée au salut des malades pauvres des quartiers sordides et qui avorta pour punir son amant  incapable d'abandonner le trafic d’enfants et ses profits. Nous accompagnons Louis dans sa construction de l’histoire de «l’homme magnifique» jusqu’au moment où son enquête devient dangereuse pour le Viking et donc, pour lui.

 

 Traque


  Dès lors, les poursuites se multiplient. La police recherche Jonathan à la fois en Nouvelle-Galles et à Londres. De son côté, instruit par Logan, un ancien compagnon de bagne de Jonathan, le nain qui a encore la main sur de nombreux quartiers et sur le trafic d’opium veut s’en prendre à nouveau à Fine et, si son retour est avéré, à Weakshield. La chasse à l’homme est lancée.
Les fidèles de Jonathan cherchent à protéger l’Irlandaise et les clans ennemis se reforment, prêts à l’affrontement et aux éliminations cruelles...L’heure des vengeances a sonné.

 

Quêtes


    Assez classiquement dans un roman historique, elles sont nombreuses :  Louis, le jeune journaliste se cherche dans le portrait de cet Irlandais indomptable et pourtant fragile (dans son nom weak nous avertit). Après son exécution par le nain sa recherche sera relancée et complétée par son amant Steven Ross. Quête personnelle encore, loin de l’enfance, de la tristesse, de la solitude que Louis avait, un temps, atténuées.
    Nous suivons aussi l’étrange quête de Jonathan toujours à la recherche de Fine qui l’abandonne sans jamais le décourager. Jonathan le désarmé,
l'écrasé, le fataliste qui  toujours  tient le  cap de sa destruction, le cap Weakshield, le bien nommé, à la fin du roman.


    Mais la complexité des relations entre amis et ennemis est telle que la quête la plus importante est celle du lecteur initié lentement à cet univers violent et qui cherche à comprendre le destin de quelques personnages peu communs.

 

  

  Pourquoi ?


    

  Cette question démultipliée oriente et rythme la lecture.


   Pourquoi autant d'hommes ont-ils tatoué sur la peau le nom de Jonathan Weakshield ? Pourquoi Robert Shallow qui a pris l’avantage dans sa première lutte contre Jonathan ne pousse-t-il pas plus loin son avantage? Pourquoi Fine donne-t-elle son écureuil à Jonathan et pourquoi le Viking épargne-t-il l’animal dans leur premier affrontement? Pourquoi "l'homme formidable" épargne-t-il l'inspecteur Cumberbatch qui le pourchasse jusqu’à l’île Maurice? Pourquoi le même Jonathan se laisse-t-il jeter hors d'un pub de marins vers Bethnal? Pourquoi Fine abandonne-t-elle toujours Jonathan? 


  Tous ces récits éclatés et mêlés cherchent à cerner la vérité de chaque héros (en réalité leur point de souffrance) et c’est grâce à la remontée dans leur passé que les narrateurs successifs (Steven excepté qui rejette les explications d'un jeune médecin viennois...) tentent d'isoler la cause fondatrice, toujours plus rude quand on cerne les personnages qui franchissent bien des lignes interdites. Dans l’ensemble, plus on avance et plus ces causes qui se veulent explicatives renvoient à des violences initiales ou à une fascination pour le défi, fût-il primaire. On devine l’admiration de Louis pour Jonathan en apprenant qu'un domestique au passé trouble fut son "mentor". L'enfance du Viking (victime de chasseurs d'enfants) et le regard qu'on jette sur lui expliquent largement sa cruauté : même ses pouces devenus des armes terribles sont le produit d'une déformation qu'on lui imposa. L’Irlande affamée par les Anglais fait comprendre bien des comportements extrêmes : Fine et ses refus, sa dureté, son masochisme sanglant (dont Zarn voulut la délivrer magiquement), son rejet hautain du pardon. La scène répétée du vol des seules pommes de terre comestibles de Mullingar doublée de l'influence terrorisante d'un prêtre  (janséniste?) («je faisais taire ton corps par les privations les plus rudes») qui en fit un «homme tombe» nourri par la mort nous rapproche du secret de Jonathan.

   Ce recours aux causes est éclairant et ne pèse jamais : en les isolant toujours plus, Sénanque parvient à  montrer, dans les comportements aussi bien communs (l'acharnement de Cumberbatch? Il est «assez seul pour se sentir en compagnie avec sa propre mort.») que borderline, leur énergie souterraine. En même temps qu'il admet que l'explication n'est jamais suffisante si on néglige la force de nuit radicale qui entraîne tout, il réussit à restituer la dure abstraction de certains liens complexes (le fatalisme de Jonathan, telle promesse tenue contre tout, tel refus du pardon (cette lâcheté), telle dette infinie («la dette de Mullingar imposait une souffrance éternelle.»)) qui échappent à l'analyse.

 En outre, au moment de la souffrance la plus insupportable de l'un de ses héros, il nous ouvre à l'image (souvent recel du premier désir) qui sert de forteresse intérieure ou d'arme de contre-attaque dans le combat le plus violent ou le plus désespéré.

  Le roman accède alors à une forme d’épique moderne.

 

 

   Trempe

 

 

     «Moi, je dis que les hommes de ta trempe ne perdent pas leur valeur


     Ce mot revient souvent et, dans la pègre, il est comme LE critère de valeur. Le lecteur découvrira la fidélité de Shallow (que la boisson n'altère pas toujours), la beauté  morale de Zarn (qui le paie de sa vie), l’intransigeance de Fine, l’endurance folle de Jonathan (son initiation à la boxe est un grand moment du livre), ce qui lui vaut de recevoir de la part de Fine, au moment de leur première séparation d'adolescents, «un mot que ses lèvres dessinent et qui est le seul dont [il se] [s]e souvien[t], dans [s]a langue d'Irlande: "Beo".

 Vivant.»

 

   Plus qu'une vertu la trempe éclaire un profil que la narration construit petit à petit. Tous les personnages ont des capacités insoupçonnées (ainsi le nain «reconnaît avant les autres les déformations des corps, même insignifiantes, même masquées, les cicatrices, les plaies, les asymétries. La nature signe toujours ses créations d'un défaut.») et une densité contenue toujours prête à exploser.

  Dans la résistance suprême on nous permettra de souligner une des  plus belles réussite du roman : le personnage de Moe (grand receleur de l'East End, longtemps combattant de la garde de nain) qui, devenu aveugle en 1865, parvint, à force d'ascèse dans la prison de Reading, à ne percevoir le monde que par l’ouïe, le toucher et surtout par ces parfums et ces odeurs dont il sait capter les nuances infinies (y compris les odeurs sans essence, neutres comme celle de l’ébène). Avec un art éblouissant de l'échange synesthésique, Sénanque nous fait deviner l’odeur repère, l'odeur boussole, l’odeur musicale, l’odeur langue (qui dit aussi bien la peur, la souffrance, l'espoir), «l'odeur murmure», l’odeur signature («La saleté humaine perçait derrière et trouvait son chemin à travers les épaisseurs de suie. L'enclos des murs et les relents de souffrance. Sang, déjections posés en signature sur la pierre salée des carrières de Portland.»), l'odeur vengeance («Tous ceux qui l'avaient arrrêté, condamné, gardé, frappé auraient leur peine à expier, inscrite au fer de la corruption de leurs organes.») L’odeur mêlée, l’odeur volatile, l'odeur épaisse, l'odeur tranchante. C'est un parfum (vert) qui le soutient dans l'horreur de la défiguration à la chaux que lui infligea le Viking.

 

 Dans ce personnage qui a «toutes les épaisseurs du monde à percer» se devine l'emblème d'un écrivain soucieux de pénétrer toutes les cryptes (conscientes et inconscientes) de ses héros.

 

 

 

Éléments

 

 

   Sous les combats et les pulsions contenues ou libérées, sous les dettes interminables qui font l’économie profonde des vivants (on coupera même les pouces monstrueux du nain pour les faire servir à un échange) perce une sorte de mythologie des humeurs et de la matière. L’élémentaire est mis en valeur dans bien des circonstances : la terre (peu aimée), le feu (la brûlure est obsédante (tour à tour le sang, l'eau brûlent et Fine est capable de tenir longtemps sa main au-dessus du feu)), le sang dominent cet univers où l’ennemi semble le minéral et son équivalent sensible, l’inaction: :«Il ([Jonathan] sentit la rage monter en lui. L’immobilité, la pierre, la terre, le bateau...la tempête la plus sauvage serait préférable. Depuis toujours, c’est ce qu’il avait combattu: l’inaction. Le monde se pétrifiait sous les regards du troupeau des méduses humaines qui changeaient le temps en pierre. Le poète de Nouvelle-galles l’avait dit : la vie était mélancolique et ne demandait qu’à s’éteindre. Chaque jour jetait un défi à l’homme un défi de tristesse. L’univers n’aspirait qu’à l’extinction et ceux qui avaient le désir de survivre étaient juste des singularités. Du bateau qui l’emportait d’Irlande, les côtes de l’Angleterre lui étaient apparues vides, et la mer, le ciel, tous les éléments l’avaient accueilli avec une tranquillité glacée qui avait saisi son cœur d’enfant. Le faux calme du monde ne bernait que les faibles d’esprit. La vie avait besoin de sang. Il l’avait découvert sur les routes, en quittant Mullingar. Le sang dégourdissait les choses, les libérait de l’inertie minérale. Sur le ring, à Strugglefield, et au côté du Viking, il avait irrigué son destin, échangé son énergie, comme le charbon des forges et la vapeur qui lançait les trains hors des gares. Il n’avait jamais eu le goût de tuer, sauf pour créer du mouvement, de la poussée sur son corps. À quoi devait-il l’immobilité présente? À l’économie du sang. À l’inspecteur qu’il avait épargné. Il aurait suffi d’appuyer la  lame un centimètre de plus. Cette mort ne lui manquait pas, elle manquait au mouvement de l’univers....Pourquoi avait-il reculé?» De même pour Shallow : «La mémoire de Strugglefield lui redonnait le goût du sang. Le sang fluide de son passé qui ne coagulait pas.»

  Une matière très particulière domine tout le roman. Du gramophone qui permet d’enregistrer le témoignage de Shallow à la Chambre des horreurs, chez madame Tussaud: la cire à la plasticité étonnante ou au relief fascinant. Cette cire dont Fine fut la meilleure ouvrière chez Tussaud, «ses visages n’étaient pas des copies, les spectres de leurs modèles les habitaient  Et pour cause : «Fine Mc Gall revient du pays des tombes et les spectres l’habillent.» On la voit au travail un jour d’exécution capitale, avant comme après la mort, auprès du bourreau puis des fossoyeurs. Évidemment, elle sculptera comme son initiatrice chez Tussaud, la vieille mère, Mary, sans jamais corriger, en fermant les yeux.


  Elle fit pour le Viking le double de sa chienne Tiny et surtout son propre double qu’il plaça dans sa loge au théâtre pour aller tuer en toute impunité Zarn qui avait osé, en avortant, le priver de son enfant. Le Viking le dit : «Sa main [celle de Fine] parlait à la matière comme les odeurs parlaient au cerveau de Moe.»…

On se souviendra encore de la remarque de la faiseuse d'anges qui évoque Fine à la demande des deux journalistes: 

«-Dure?

-Oui. Je dis toujours aux filles que ça va chauffer un peu dans le bas , pas trop, pour les rassurer. En fait, quand je fais entrer la potion, c'est comme des tisons qu'on soufflerait dans le ventre. Y en a qui crient comme des truies et d'autres qui tournent de l'œil. Mais la petite de Weakshield, ça avait pas l'air de lui suffire. C'est pour ça que je m'en suis souvenue. Elle avait un ventre de cire.

-De cire, avez-vous dit?

-Oui, de cire. D'ailleurs, elle s'y connaissait. C'est chez Tussaud qu'elle travaillait.»(je souligne)

 

 

      On mesure sans doute mieux l'enjeu profond du livre avec ce détour chez Tussaud : d'un côté, des personnages célèbres qu'on expose en figures de cire avec le plus de "réalisme" possible en captant ce qui est supposé venir d'une intériorité que l'art tend à rendre expressive ; de l'autre, dans ce récit, des êtres réduits presque au vide de statue de cire, poussés au primaire et à la nuit de la cruauté, habités par les prémisses de la mort (on sait que le nain est obsédé par un automate du Strand qu'il crut, un temps, humain mais follement insensible) que le roman restitue dans leur fragile humanité. Comment s'étonner que Jonathan Weakshield soit à ce point hanté par fantômes et spectres, y compris dans la passion?

 

 

    Dans ce roman parfaitement construit autour de  nombreux duos et du mystérieux sentiment de la sympathie on appréciera aussi un art du contre-point qui met en valeur, de façon discrète, une autre traque qui fit la fortune des journaux et la joie mauvaise de leurs lecteurs. La mise à mort lente d'un artiste irlandais qui fut traîné dans la boue et connut «[une] chute sans fond, [une] humiliation éternelle.»  Il apparaît dans le début du livre et l'épilogue est consacré à son enterrement à Paris. Oscar Wilde.

 

 

Rossini, le 11 mai 2016

 

 

NOTE

 

(1) À eux seuls, l'œil et le regard mériteraient une étude. Selon Shallow le regard de Jonathan est très particulier. Au début de sa carrière chez Tussaud, Fine est la spécialiste de l'œil et quand elle "créera" des corps ce sera les yeux fermés.... Steven a commencé sa carrière de journaliste en cherchant à photographier ce que captèrent les yeux terrorisés de la dernière victime de Jack l'Éventreur. Le nain s'en prend à l'œil de ses ennemis parce qu'il a toujours souffert d'être regardé. Moe est aveugle. Et Shallow n'a pas tort de répéter que «le passé dort d'un œil»....

 

 

 

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Published by calmeblog - dans roman "historique"
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